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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 23:09

endora-456203.jpgGrand désarroi a frappé à ma porte lorsque le rédacteur en chef des Echos du Montvrai m'a demandé de noircir une page sur cet O.V.N.I. qu'est l'amicus curiae. Comment rendre ce concept accessible à un lectorat peu familier des parquets vernis du droit et des locutions latines dont la maîtrise a trépassé dès la sortie de l'enseignement secondaire? Alors que ma femme répondait de sa voix gracieuse au téléphone de l'autre côté du salon et se mettait à discuter avec son interlocutrice de la meilleure façon de me vêtir pour mon propre anniversaire (le 28 juin chers lecteurs), mes mains se sont mises à parcourir frénétiquement mon honorable clavier, mues par la frénésie d'une soudaine inspiration. C'est ainsi que je suis en mesure d'apporter un éclairage adapté à vos âmes profanes.

 

L'amicus curiae est à la juridiction ce que la belle-mère est au gendre ou à la bru : une présence rarement sollicitée, hautement contrariante pour le/la maître(sse) des lieux et assortie de prises de position quelques fois hors de propos.

A l'instar de votre belle-mère, l'amicus curiae s'invite au moment précis où la table est apprêtée et où les membres de la famille s'apprêtent à entamer un bal contradictoire autour de mets d'une haute juridicité. A votre grande stupeur, il prend place sans avoir été convié et émet le souhait de participer aux festivités. Fort bouleversé(e) par cette venue parée d'artifices – ou désemparée, si elle est de nature écologiste – vous lancez un regard plein de reproche à votre tendre moitié afin de savoir si l'invitation émane d'elle. Deux possibilités de réponse :

 

1) Oui mon cœur, j'ai demandé à maman (l'amicus curiae) de venir pour obtenir son point de vue éclairé sur notre dispute à venir.

 

2) Non mon cœur mais elle est la bienvenue dans notre maison car après tout, c'est ma mère (l'amicus curiae) et elle nous a offert ce superbe fer à repasser (l'expertise) que tu ne daignes pas apprendre à utiliser!

 

Dans les deux cas il est conseillé de se défaire de tout objet contondant et de déterminer la meilleure attitude à adopter : la fuite ou l'indifférence. La plupart des juges optent pour une troisième alternative : la confrontation directe, mais ce sera l'objet d'une autre chronique consacrée à la gestion de la colère. Revenons à nos moutons.

 

Ainsi donc, votre pire amie s'installe à table à côté des convives et décide de participer à la conversation – déjà entamée – sur l'orientation scolaire de votre grand premier. Alors que vous lui prédisez un avenir brillant dans un MBA chapeauté par la Business School of Fais-moi-gagner-des-sous, lui souhaite effectuer une Licence en Année Sabbatique 1.01, option Voyage au Tibet, avec possibilité de redoublement sur un autre continent).

 

Votre de moins en moins tendre moitié s'oppose férocement à son rejeton ingrat à grand renfort d'arguments auxquels vous adhérez, en tant que juge (et partie). Maiiiiis c'était sans compter sur l'intervention mielleuse de la marâtre :

 

"Il me semble… et je m'excuse d'intervenir dans ce conflit qui ne me concerne que de loin (Bah tiens) que le petit Raoul apprendrait davantage auprès des fermiers du Gyangtse qu'auprès de futurs capitalistes aux dents acérés. Je peux justement vous remettre une brochure de quelques pages attestant des bienfaits d'un tel voyage. Elle se trouvait dans mon sac à mains par le plus grand des hasards. Evidemment, à vous de décider de l'usage que vous en ferez."

 

Raoul affiche un sourire radieux et la brochure est posée délicatement sur la table, entre le rôti déjà froid et ce verre de délicieux vin que vous avez vidé d'un trait… à trois reprises. Il vous appartient alors de décider de quelle manière tuer vo… répondre à la requête de ce think-tank au cou perlé.

 

1) Nous apprécions votre apport dans cette conversation mais il me semble plus sage d'en rediscuter entre nous lorsque les esprits seront calmés (traduction en langage diplomatique de : "Mêle toi de tes affaires mégère, c'est moi qui trancherai lorsque tu seras enfin dehors!") "Gardez cette brochure, vous en aurez sans doute besoin pour les enfants d'Antoine (votre beau-frère dont les enfants mériteraient d'être expédiés dans une pension au Gyangtse)."

 

2) Oh, jolie brochure! Il y a un gamin rachitique du Gyangtse sur la couverture! Que c'est exotique! Oh, elle fait 156 pages! Je vais la feuilleter pour féliciter vos efforts dans l'usage d'un clavier et d'une souris mais cela n'influera pas sur ma décision.

 

3) Hum. Il vaut mieux que j'y réfléchisse. Je vais regarder le chapitre Education pour voir s'il n'y pas un bon MBA sur place. Si c'est le cas, je changerai PEUT-ÊTRE d'avis!

 

Si vous répondez 1, l'amicus curiae (la belle-mère) et Raoul vous haïssent. Ce dernier ira crier sur tous les toits que vous êtes un(e) ignorant(e) et que vous refusez de vous adapter à la société moderne : "De toute façon, mes parents sont trop débiles."

Si vous répondez 2, vous faites bonne figure mais dupez tout le monde. Votre karma en prend un coup.

Enfin, si vous répondez 3, votre amicus curiae sera plus agréable avec vous mais risque de revenir plus souvent, renforcé par la conviction que vous l'appréciez. Dans tous les cas, il vous a mis au pied du mur.

Bien heureusement tous les amici curiae ne sont pas aussi désagréables. Certains peuvent donner un apport réel à la discussion, même si cela se fait au prix de débats plus longs. Je n'irai donc pas généraliser comme ce collègue qui affirmait avec vindicte qu'un "bon amicus curiae est un amicus curiae mort". Notez qu'il ne parlait évidemment pas d'amicus curiae

 

La conversation téléphonique de ma femme vient de prendre fin. Il a été décidé que je porterais la chemise en soie verte que j'avais soigneusement dissimulée sous mon bureau et que le petit dernier vient de dénicher en jouant à Indiana Jones. Il est sans doute temps d'utiliser mon précieux fer à repasser dessus afin de faire honneur à l'expertise de belle-maman.

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