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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 23:58

raoul-mordor.jpgIl était une fois... à l’époque où MTV diffusait encore de la musique et où les sous-vêtements des jeunes n’étaient pas apparents, un jeune garçon qui souhaitait devenir juriste en droit international, comme son géniteur.

 

Jacques : J’aime pas cette histoire. Je voulais que tu me lises la…

Raoul : La ferme et écoute. Tu ruines l’ambiance !

 

Il était DONC une fois un jeune juriste en droit international nommé Raoul. Brave, beau, intelligent, rusé ET charismatique, il était parvenu à survivre à ses trois premières années de droit malgré son ascendance paysanne et en dépit des épreuves imposées par les créatures qu’il avait pu rencontrer lors de ses mésaventures dans différentes contrées du droit : les infâmes chargés de TD, les vils professeurs de Droit, les envieux (autres) étudiants en droit. D’un naturel confiant, Raoul vivait donc avec la conviction que son parcours était tout tracé, que la voie du juriste lui était désormais acquise.

 

Un beau jour, alors que Raoul suivait paisiblement un TD de droit international public, le chargé d’enseignement, aimable mais d’une rigueur sans égale dans tout le Royaume, adressa une requête qui devait sonner le glas de la vie telle que notre étudiant l’avait vécue jusqu’alors. D’une voix magistrale Saké (c’était le surnom qu’on lui donnait) réclama à ses étudiants qu’ils lui fissent… fesassent… euh… (« fuckin’ passé simple ! ») lui fassent… fissa une œuvre de recherche sur le principe aut dedere aut judicare. Raoul, à l’instar de ses camarades, fit « Heeeein ? » n’ayant point compris ce langage sophistiqué que seuls les monarques du Droit maîtrisaient. Le chargé de TD n’en eut cure et ajouta d’une voix qui fit frissonner tout le monde :

 

« Et j’veux que ça fasse au moins dix pages police 12 Times New Roman interligne 1.0 ! Et ça constituera le tiers de votre moyenne du semestre ! Et c’est pour la semaine prochaine ! Et ramenez moi chacun un Galak tant que vous y êtes sinon vous aurez un point de moins! »

- Wesh, c’est quoi un galak ? lança une étudiante d'un air hébété. »

 

Le chargé de TD gloussa mais se garda bien de répondre. Les pauvres étudiants émirent alors des gémissements d’agacement et chacun rentra dare-dare chez soi. Désemparé, en quête de soutien, Raoul se rua dans le bureau de son père qui lui répondit avec bienveillance d’aller en enfer. Toutefois, devant l’insistance de son fils, le père Valoche céda et s’enquit de la requête du chargé de TD.

 

« Ce moment est donc arrivé. Je n’eus jamais pensé que…, fit le père Valoche en caressant son éternelle barbe de trois jours.

-Quoi donc ? 

-Ton voyage de l’autre côté. 

-Le monde des morts ?

- Pire ! »

 

Le père Valoche afficha une expression (vaguement) attristée et lui dit, le cœur serré de douleur :

 

« Ta tendre mère n’en aura pas la force, il me faut donc me résoudre à… Tu vois bien que je ne peux plus te fournir en ouvrages et je ne saurais te voir mourir d’inculture devant mes yeux. Je suis résolu de te mener perdre demain au bois, ce qui sera aisé, car tandis que je ferai tomber un billet de dix euros sous ton nez je n’aurai qu'à m’enfuir sans que tu ne me voies (© Le père du Petit Poucet) »

 

Raoul ne comprit point mais alla se coucher, perturbé par ces paroles mystérieuses. Ce n’est que de façon tardive qu’il  trouva le sommeil et était donc fort éreinté lorsque son père vint le réveiller au petit matin. Valoche lui remit un papier sur lequel était griffonné une adresse, un gros sac à dos qu’il lui interdit d’ouvrir tant qu’il ne serait pas arrivé au lieu indiqué et, plus étrange, il lui recommanda de porter une chemise en lin. Puis il l’accompagna jusqu’au seuil de la porte pour lui dire adieu.

 

Raoul se rendit donc à l’endroit que lui avait désigné son père. La traversée de la forêt urbaine parisienne était périlleuse et terrifiante mais le jeune homme, dont il faut rappeler qu’il était brave, beau, intelligent, rusé et charismatique, ne se décontenança pas. Il parvint ainsi devant une bâtisse imposante surmontée d’une enseigne l’identifiant comme la « Bibliothèque Cujas »

 

[Grondement de tonnerre, hurlement de loups et multiples effets spéciaux doivent être imaginés à ce moment de la lecture].

 

Raoul déglutit : des volutes de fumée semblaient se répandre devant l’entrée, rendant l’air irrespirable. Cet endroit brûlait-il donc ? Non, en se rapprochant de la porte il vit que plusieurs jeunes gens, sans doute du même âge que lui, tiraient nerveusement sur leur cigarette, le regard vide comme s’ils avaient été dépossédés de leurs âmes. Même leurs conversations relevaient du non-sens.

 

« Non mais de toute façon Brouillard est un in-com-pé-tent… Il ne connaissait même pas la jurisprudence CE, Poulet Fermier du Cantalou, 2006. Je n’arrive pas à croire qu’il ait pu devenir chargé de TD. Lol quoi. »

 

« Ah mais non, je te dis que les conditions sont alternatives, pas cumulatives ! Va lire le Norega & Paquet-Christofis, tu verras ! »

 

« Tu as entendu que Laure Fehl a été exterminée par le doyen en audition? Shootée en plein vol. Le CNU c'est pas de sitôt qu'elle l'aura, ha ha ha! »

 

« Je suis trop morte, j’ai dormi dix heures en trois jours pour préparer la note de synthèse. Je crois que je vais vomir si je retourne là-dedans.»

 

« J’ai dû suivre un cours avec les étudiants de la section droit international, ce sont vraiment des hippies. »

 

Effrayé, notre héros les contourna et s’introduisit dans la bibliothèque pour y tomber nez à nez avec un gardien posté dans un hall des plus opulents. Raoul perçut déjà une légère augmentation de la température.

 

« Votre carte s’il vous plaît » demanda le gardien d’un air bonhomme, alors que Raoul s’avançait en l’ignorant.

 

Raoul fit de gros yeux. Il n’avait point de carte et s’en excusa, ce à quoi le gardien répondit que le lieu, sacré, était réservé à l’élite du Droit. Il fallait donc montrer patte blanche. Raoul répondit qu’il était juriste mais le gardien l’accusa de vouloir le duper tel le loup confronté aux sept chevreaux et que Raoul était probablement étudiant en littérature, en philosophie ou, pire, en sciences dures. Des étudiants en Droit qui passaient  à ce moment observèrent le garçon avec dégoût.

 

Le gardien insista pour qu’il lui montrât sa carte ou fassia… fesassit… fit (Damned ! Peu importe) demi-tour. Raoul fut bien embarrassé, son père n’avait pas mentionné cet obstacle. Sans grande conviction il fit mine de fouiller de son sac avec l’espoir de détourner l’attention du gardien et de le contourner au pas de course.

 

« Oh ! »

 

En réalité Raoul émit un « What The F*** » guttural en découvrant dans la poche du sac que lui avait remis son père une carte, à son nom, avec une pastille dorée collée dessus. Il y avait même sa photo. Le gardien qui n’avait cessé de le toiser depuis son arrivée afficha soudain un regard déconfit puis s’excusa mille fois, à la grande stupéfaction de Raoul. Son comportement avait changé du tout comme s’il avait réalisé que Raoul était d’engeance princière. « Entrez, entrez ! » lui dit-il. « Descendez l’escalier, tirez la bobinette, passez votre carte et la chevillette cherra… ou l’inverse d’ailleurs. »

 

Cette carte était-elle donc magique ? Raoul ne se posit… posa pas davantage de questions et se dirigea vers un escalier qui semblait s’enfoncer dans les entrailles de la terre. Au fil de sa progression la chaleur qu’il avait perçue dès l’entrée s’accroissait considérablement. Les jeunes qui croisaient son chemin dégoulinaient littéralement de sueur et criaient leur soif et leur déséchation… dessèchement. Se pouvait-il que la bibliothèque fussiat (…) établie au cœur de l’Enfer ? Raoul se réjouit alors d’avoir suivi le conseil de son père : la chemise en lin qu’il portait lui permettait de mieux tolérer la canicule sous-terraine.

 

raoul-cujas.jpg

 

Il n’eut cependant pas le loisir de s’émouvoir plus longuement de ce microclimat. Après avoir passé un portique électronique qui tintinnabula joyeusement à son passage il découvrit une grotte féerique qui semblait tout droit sortie des contes de fées. Aussi élevée que l’arrogance de Michael Vendetta, aussi longue qu’un match de Ligue 1, aussi vaste que l’espace vacant du cerveau d’Eve Ang… Hum… La salle affichait des dimensions démesurées et un décor des plus prodigieux. Raoul ne parvenait à absorber du regard ni les milliers de rangées d’ouvrages qui parcouraient les murs ni les forêts de lampes couleur émeraude qui surmontaient d’interminables rangées de tables, ni les…

 

« Ouah les bombasses ! » (en original dans le texte).

 

Raoul venant ainsi de s’extasier vulgairement devant le passage de trois magnifiques demoiselles en tenue estivale et aux chemisiers quasi-transparents. Il n’avait jamais vu autant de belles femmes rassemblées au même endroit. Elles (et de jeunes hommes que son regard ciblé ne percevait pas) filaient gracieusement d’un point de la bibliothèque à un autre, dotées l’une d’une pile d’ouvrages poussiéreux, l’autre de dizaines de pages de photocopies.

 

Raoul mit du temps à se rappeler du but de sa visite. Il se dirigea toutefois vers le comptoir qui lui semblait le plus sympathique, à proximité d’une salle de photocopie où des individus doloristes s’imposaient une chaleur encore plus intolérable que celle du reste du temple. Loin de s’enfuir, ce qui eut été une réaction raisonnable, ils s’évertuaient à copier inlassablement toutes les pages de différents ouvrages d’apparence onéreuse.

 

« Bonjour mon brave Monsieur, je voudrais savoir comment on utilise les ressources de ce lieu ? » demanda Raoul en montrant sa carte, l’index innocemment placé près de la pastille en or.

 

Les yeux du vieux documentaliste, rivés sur la pastille, se mirent à briller d’émotion. Il expliqua volontiers à Raoul qu’il devait se trouver une place parmi les lecteurs déjà installés sous les lampes mais lui précisa que la tâche serait rude. La salle était souvent comble et les étudiants avaient la cruelle habitude de poser sciemment sacs, vestes ou ordinateurs sur les places libres afin de s’octroyer davantage d’espace vital. Certains sièges étaient particulièrement sollicités car idéalement situés au point d’alignement des axes constitués par un courant d’air frais, une rangée d’ouvrages, un champ de vision vers l’entrée et une série d’ordinateurs. Seuls ceux qui fréquentaient Cujas depuis des millénaires… bon… depuis des années avaient le savoir nécessaire pour les identifier et se les approprier.

 

Le documentaliste expliqua ensuite à Raoul que la plupart des ouvrages dont il avait besoin seraient disponibles dans la salle de lecture mais que s’il souhaitait accéder à des écrits plus techniques il pouvait utiliser l’un des postes informatique pour les commander. Des lutins seraient alors envoyés dans les catacombes pour les lui ramener à un comptoir spécifique après qu’un numéro se fûte (…) enflammé sur un panneau suspendu au mur mais cela prendrait sans doute entre trente et quarante-cinq minutes car il y avait pas mal de fantômes de juristes trépassés qu’il fallait apprivoiser tout en bas. On racontait même que le spectre du Premier Vernasi-Paquet effrayait tous les juristes non privatistes qui avaient l’audace de s’aventurer par là-bas.

 

« Il détestait les publicistes  précisa le documentaliste. Certains visiteurs de leur domaine se mettent en costume cravate pour tenter de le duper, en vain. Il les identifie aussitôt. »

 

Raoul apprit que sa pastille dorée lui permettait d’aller chercher lui-même les ouvrages et de gagner ainsi du temps, au risque toutefois de vivre une grande aventure dont il pourrait bien ne jamais revenir. Le jeune homme répondit qu’il préférait se reposer sur la bravoure des lutins des catacombes et que les ouvrages présents en salle de lecture suffiraient certainement pour sa recherche. Ce n’était pas comme s’il comptait faire une thèse. Il rit rien que d’avoir envisagé cette sottise.

 

Après un mouvement approbatif… approbatoire… (euh… ) du menton le documentaliste – qui semblait anormalement insensible à la moiteur de l’atmosphère – prit un air grave et indiqua à Raoul que s’il souhaitait survivre à sa séance de travail à Cujas il devrait respecter quatre règles primordiales.

 

« Première règle : tu ne devras ni boire ni manger pendant tout le temps que tu consacreras à ton étude, même si l’inanition ou la disette te guettent.  Regarde par là-bas.»

 

À l’autre bout de la salle Raoul vit une demoiselle ouvrir une bouteille d’eau minérale et la boire aussi discrètement que possible. C’est alors qu’un carreau d’arbalète se planta net sur sa table. Elle poussa un cri d’horreur, rangea bien promptement sa Contrex et se remit à travailler sous le regard menaçant d’un arbalétrier posté à l’entrée de la bibliothèque. Raoul comprit qu’il valait mieux mourir de soif que le cerveau transpercé.

 

« Deuxième règle : tu ne parleras pas. Jamais ! Quelles que soient les sollicitations. Si jamais tu rencontrais une de tes connaissances et que tu te mettais à lui parler… deux maléfices risqueraient de te frapper : Soit tu serais proprement lapidé par les lecteurs dérangés (et Dieu sait que les juristes excellent dans cette virulence), soit tu serais emporté par le flot de la conversation entamée et jamais, jamais, JAMAIS tu ne reviendrais à ta place. Cujas est un lieu mystique dans lequel, quel que soit l’âge du visiteur, quelle que soit sa provenance géographique, il sera affecté d’un maléfice qui mettra sur son chemin toutes les personnes qu’il a pu connaître dans sa vie de juriste. On a déjà vu des visiteurs ambitionner de travailler dur pendant des heures, installer leurs affaires à une place, croiser une connaissance puis passer d’une discussion à une autre sans même réaliser que les heures défilaient. L’autre jour un visiteur venu de Mongolie est tombé nez à nez avec son ex-petite amie rencontrée alors qu’ils sortaient ensemble à l’université. Dans la mesure où elle lui devait trente euros, c’était fort à propos.»

 

Raoul se dit que ce serait terrible, d’autant plus qu’il avait déjà repéré trois camarades de fac dont un à qui il devait un kebab. Il approuva.

 

« Troisième règle : si utilises ton téléphone tu seras jeté dans les catacombes. Period. Il y a toujours des imbéciles persuadés de ne déranger personne sous prétexte qu’ils chuchotent : Attends, j’suis à la bibliothèque, j’te rappelle… non en fait parlons mais à voix basse, je vais sans doute pouvoir traverser la bibliothèque au pas de course et me diriger vers la sortie sans déranger une quarantaine de personnes sur mon passage.  En somme, on ne répond pas au téléphone.»

 

« Quatrième règle : Ne pas mater ! »

 

raoul-cujas-students.jpg

 

Voyant que Raoul ne comprenait pas, le documentaliste bienveillant attira son attention sur une étudiante concentrée dont le décolleté plongeant distrayait agréablement ses voisins masculins sur trois mètres à la ronde. Il précisa à Raoul que pour une raison que lui-même ignorait Cujas attirait les femmes et hommes les plus beaux que les facultés de Droit aient pu engendrer, de sorte que le site de rencontres Attractive World avait décidé de sponsoriser Cujas et de financer une partie de la rénovation de la bibliothèque. Il s’agissait bien évidemment du piège le plus terrible de ce lieu, la distraction ayant déjà compromis le travail de générations de jeunes et de moins jeunes juristes. Le documentaliste en profita pour avertir Raoul que de prestigieux professeurs et chargés de TD occupaient parfois le lieu lors de passages qui semaient un frémissement d’excitation parmi les étudiants.

 

Ayant fini de prodiguer ses conseils le documentaliste ferma ses paupières ridées et suggéra à Raoul d’aller entamer son labeur au plus tôt. Le jeune homme obtempéra, la carte magique à la main et partit en quête d’une place. Il lui fallut tout le pouvoir incitatif d’un regard assorti d’un sourire de façade pour qu’un étudiant en costume cravate – comment diable respirait-il par cette chaleur ? –  libère le siège qu’il avait manifestement réservé au postérieur inexistant de sa sacoche.

 

Raoul travailla alors sans relâche pendant des heures, s’extasiant des richesses que contenait Cujas. Il n’y avait pas un livre, pas une thèse, pas un article que le temple ne contenait. C’était comme frotter la lampe magique pour solliciter un vœu et se le voir accorder… au bout de trois quarts d’heure certes, le temps que les lutins des catacombes fassent leur œuvre et remontent sa commande après avoir apaisé les spectres.

 

Le seul fléau remarquable de la bibliothèque (occultons l’absence de climatisation) était son défaut d’accès à l’internet, Raoul trouvait cela sidérant. Une bibliothèque si imposante pouvait-elle être complètement déconnectée du réseau sans fil en ces temps et contextes? Il fut donc agréablement surpris de trouver le deuxième cadeau du Père Valoche dans son sac : une clé 3G qu’il s’empressa de brancher à son ordinateur pour se connecter à Facebook (puis faire des recherches sur internet). Le troisième et dernier cadeau était sans doute le plus précieux : un ridicule éventail rose dont l’esthétisme jurait avec les velléités viriles de Raoul. Toutefois, la température avait désormais atteint les standards d’El Azizia (Libye) et son capital déodorant menaçait de se réduire à peau de chagrin. Raoul mit donc son ego de côté tout en maudissant son père pour l’humiliation qu’il lui infligeait.

 

Lorsqu’après une journée satisfaisante de travail notre étudiant eut convenablement déconnecté tous ses neurones et trouvé une quantité suffisante de documentation pour son devoir, il rentra chez lui, non sans remarquer au sortir de la bibliothèque que l’air extérieur lui semblait bien plus pur que jamais auparavant.

 

« J’ai trouvé ce que je voulais et j’ai acheté du Galak pour corrompre mon chargé de TD » déclara-t-il au Père Valoche, lequel lui répondit qu’il le savait et s’en fichait. Il lui réclama toutefois sa carte à pastille dorée.

 

« Pourquoi donc ? Elle est bien pratique ! Je pourrai devenir si riche… intellectuellement grâce à elle et gagner un temps considérable une fois que j’aurai trouvé un moyen de me faire passer pour un privatiste. »

 

Le Père Valoche lui sourit.

 

« Comme dans tout conte tu as largement profité des bienfaits de cet objet pour t’enrichir et connaître un départ plus favorable. Maintenant subis la bibliothèque comme n’importe quel autre étudiant. Les juristes réclamaient un enfer, l’ont obtenu sous la forme de Cujas et campent désormais dans ses différents cercles. Un juriste qui n’est pas allé à Cujas au moins une fois dans sa vie, n’a point suffoqué en raison de sa chaleur, sursauté de terreur au moment où l’alarme stridente annonce la fermeture, poussé un cri de rage en constatant que la seule page de la revue dont il avait besoin était arrachée, commandé un bouquin de droit communautaire et obtenu un recueil de droit roumain à la place, attendu une heure et demie pour que le numéro de sa commande s’allume enfin... n’a pas complètement vécu sa vie de juriste. »

 

Voyant qu'il était au bord des larmes Raoul lui demanda si c’était là le résultat de l’émotion, ce à quoi le Père Valoche répondit dans un hoquet que ce n’était point ça. Simplement qu’il était contraint de se rendre à son tour à Cujas le lendemain pour consulter les écrits du doyen Vernasi-Paquet en vue d’une conférence. Lui qui avait fui pendant des mois « ce lieu damné, repaire des ruffians et séducteurs, adulateurs et flatteurs, fraudeurs et insomniaques, devins et ensorceleurs, concussionnaires, hypocrites, voleurs, conseillers fourbes toussa toussa ». Compatissant, Raoul lui tendit l’éventail rose et partit travailler sur son exposé.

 

La bibliothèque Cujas vécut longtemps et tortura beaucoup d’enfants juristes.

 

« Commentaire du chargé de TD  sur la copie de Raoul : Excellent travail, bien documenté ! Merci pour le Galak. 13/20 »

 

raoulsheldon

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Published by diraoul - dans Vie Universitaire
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commentaires

joanna_007 12/10/2012 02:38

Cet article m'a bien fait rire :) Ah! Cujas... Des heures de torture (surtout les séances photocopies en été... prévoir le débardeur), mais finalement de "bons" souvenirs.

Sf_pol 13/08/2012 16:34

Je prends note qu'il faut que j'ouvre plus les yeux lorsque j'irai pour la première fois... ;-)

MlleLaurianne 30/07/2012 11:14

Je prends note de la nécessité de porter un décolleté lors de mon prochain passage à Cujas, pour la crédibilité de ce billet ;)

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