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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 22:07

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Loin de nous l’idée de condamner l’opacité des termes utilisés dans les enceintes diplomatiques. Pourtant, force est de constater leur manque de clarté, alors qu’ils sont employés quotidiennement par les gouvernants d’ici et d’ailleurs.

Conscients de cette difficulté et de l’inquiétude qu’elle suscite chez les observateurs non aguerris ;

Déterminés à déchiffrer la pratique foisonnante du « pas content international », avec légèreté ;

Prenant acte de la volonté de plusieurs juristes de se joindre à la démarche ;

Habilités par nul ni autrui à prendre des mesures immédiates en ce sens ;

Décidons de créer ce petit guide de la réaction diplomatique appropriée.

L’hôte des lieux déclare vouloir rester saisi de la question - la liste n'apparaissant pas exhaustive - mais se félicite de l’apport précieux et inspiré de plusieurs comparses, à savoir Aude (« Exhorter »), Dichotome (« Déplorer »), Henri Ecudor (« Prendre acte ») et Jo (« Regretter » et « Se féliciter »).

 


Condamner (avec fermeté, avec la plus grande fermeté, avec force, avec la plus grande force) : v. transitif, voc. rés. AGNU et CSNU : action de blâmer, d'exprimer, avec plus ou moins de force, son opposition en réaction au comportement ou à l’inaction d’un membre de la société internationale. Ex. paradox. : « Les États-Unis ont fermement condamné aujourd’hui la vague d’attentats en Irak » (23 juillet 2012). Mise au pilori médiatisée. V. Pratique diplo. US : Réaction au franchissement de la « ligne rouge », du point de non-retour (ant. « Axe du Mal »). Degré supérieur de l’audace sur la scène internationale, annonciateur d’une d’ingérence, d’une violation d’intégrité territoriale.


Constater : v. transitif polysémique : établir ou démontrer la réalité d’un fait, remarquer quelque chose, le plus souvent un revers, une erreur de stratégie. Mouvement initial récurrent du kata des réactions diplomatiques (voir infra) Ex : « L’Arabie Saoudite constate l’échec de la Ligue arabe en Syrie » (Le Caire, 22 janvier 2012). V. aussi en latin « veni, vidi… ergo sum ». A ne pas confondre avec « qu’on se tâte », quoique... Le constat est parfois présenté comme le préalable à une prise de décision ou à une action de l’observateur ; parfois comme une simple intention de méditer sur le pourquoi du comment, le temps que l’attention de l’opinion publique soit détournée ; le plus souvent comme un préalable à l’inaction bienveillante (V. Prendre acte). L’entité qui constate exprime par cette formule sa non-implication, sa non-responsabilité dans le fait observé, qu’il soit positif ou négatif. Le constat apparaît également comme un moyen de taper sur les doigts sans se compromettre ni trop humilier, ex : « La Cour de Justice constate le manquement de la France à ses obligations ». V. aussi, dans le même sens, ad nauseam, les résolutions du Conseil de Sécurité.


Dénoncer : Class. : registre de la délation. 1. Action de la balance en cité, du fayot en CM1, du frère indigne ou du voisin un peu trop à cheval sur la probité fiscale de ses concitoyens. Parfois citation calomnieuse. Action de signaler une personne ou entité au comportement coupable, de s’élever contre quelque chose, de manifester un désaccord. L’entité qui dénonce, parfois avec une ferveur apostolique, fait savoir qu’elle a constaté l’existence dudit comportement (V. Constater) et qu’elle n’aime pas du tout ça. Ex : « L’ONU dénonce l’échec du Conseil de sécurité ». V. aussi le recueil d’A. Dubreuil-Demosku (dir.), La dénonciation du droit international, Approches russes, 2014, ex : « La Russie dénonce l’ingérence de l’OTAN en Ukraine [insert any other country] ». 2. Annoncer la rupture d’un traité / d’une convention internationale, rarement en conformité avec la Convention de Vienne de 1969 sur le droit des traités (fallait pas y mettre du jus cogens).

 

Déplorer : verbe amant signifiant « être fort marri ». Lat. Gallante. Terme couramment usité par les internistes, notamment en droit du travail (Syn. Licencier. Ex : « Le PDG de TITAN déplore la productivité des salariés français ») et en droit pénal (Syn. Repentir actif. Ex : « Le prévenu déplore l’absence de consentement au viol de la jeune femme »). En droit international, le verbe « déplorer » est utilisé pour qualifier une décision politique nécessaire pour le bonheur de la population mais que les dirigeants hésitent trop souvent, par pudeur, à mettre en œuvre. Ex. Bachar El Assad après les attaques aux gaz dans l’Est de Damas : « Je déplore le fait que les rebelles s’insurgent contre le souhait du gouvernement d’expliquer aux enfants syriens la réalité de la Shoah ». Le terme est également employé pour faire part d’un ressentiment affectif. Hist. : « Je déplore le fait que les Starks ne m’aient pas convié au mariage d’Edmure Tully », Tywin Lannister (cit. T. Burton, « Les noces funèbres »).


Exhorter : v. transitif : « Tenter d'amener quelqu'un à quelque chose par des encouragements, par la persuasion, les prières, etc. » (Larousse). Ex : « Le Conseil de sécurité exhorte les autorités somaliennes à capturer les pirates qui opèrent au large des côtes somaliennes et à tout faire pour traduire en justice quiconque se sert du territoire somalien pour planifier, faciliter ou entreprendre des actes de piraterie et des vols à main armée en mer » (rés. 2125). Employé par le Conseil de sécurité, le terme trahit l’ampleur de sa tâche tant il apparaît illusoire, voire ardu, de persuader un Etat souverain par l’encouragement ou la prière. V. aussi Parler dans le vent, Vaine incitation :Un professeur ou des parents peuvent exhorter un étudiant à lire un manuel d’ouzbek, « l’encourageant donc à » ou « le priant de » le faire pour son propre bien, celui de son entourage, voire dans l’intérêt de l’humanité. L’exhortation sera alors justifiée par le devoir de l’étudiant (l’ouzbek est au programme du partiel) ou par son devoir filial (la famille est affligée qu’il soit le seul de son arbre généalogique à ne pas lire couramment l’ouzbek). Issue 1 : L’élève accepte malgré son niveau pitoyable. Après quelques pages, il sera retrouvé déambulant dans les rues de Paris à la tombée de la nuit, l’air hagard, le cheveu hirsute, hurlant du René la Taupe. Issue 2 : L’élève estime que son niveau d’ouzbek est suffisant, à tort malheureusement, sa note de partiel s’abaissant au même niveau que sa réputation future au sein de la famille. L’exhortation laisse alors place à la sanction.

Alors quand le Conseil de Sécurité « exhorte » la Somalie à capturer et à juger les pirates dans sa résolution précitée, on évitera de se demander si ses membres ont envie d’entendre René la Taupe en somalien. Mais on comprendra plutôt « On va vraiment finir par se fâcher… ou pas ».


Exprimer son inquiétude, de/ses vives inquiétudes, ses sérieuses inquiétudes, s'inquiéter : Class. : registre du pathos, de l’angoisse.S’alarmer, se soucier, se faire du mauvais sang, à différents degrés, ex : « Je m’inquiète à l’idée de prendre le RER B ». Dans le registre des relations internationales, suit généralement la constatation et précède l’inaction, hormis dans l’hypothèse où l’inquiétude est liée à des intérêts propres de l’auteur, ex : « La Chine s’inquiète pour ses ressortissants en France » (juin 2013), « La Chine s’inquiète pour son pétrole au Sud-Soudan » (janvier 2014). L’expression publique de l’inquiétude est alors un moyen diplomatique d’exprimer le souhait d’une (ré)action rapide d’un destinataire censé se reconnaître et prendre des mesures. Et plus vite que ça.


Exprimer son soutien : Dérivé opportun du v. soutenir, lequel signifie « être du côté de quelqu'un, adhérer à la cause d'un groupe, combattre en leur faveur, les défendre » (Larousse). Fait d’épauler un peuple, un pays, une cause… mais de loin, sans trop donner de sa personne ou s’engager à quoi que ce soit. V. Envoyer de bonnes ondes, Croiser les doigts, Administrer une tape sur l’épaule. Ex : « Les Etats-Unis réaffirment leur soutien à la Côte d’Ivoire » (24 janvier 2014).

 

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Mettre en garde : 1. Fait pour l’auteur de prévenir, d’avertir un destinataire (généralement, une fois la cause perdue) que certaines actions seront entamées s’il ne revient pas sur la voie de la légalité, s’il ne met pas un terme à un comportement identifié. Coup de semonce psychologique de la part de l’auteur, lequel veille au grain. V. en combat : Préparer l’adversaire à parer des assauts ou à se prendre une volée, ex : « Mets-toi en garde ». 2. Action de prévenir le destinataire du risque qu’il prend, sans pourtant envisager d’action. Ex : « Des manifestants en Thaïlande ont poursuivi leur mouvement lundi en promettant de faire tomber le gouvernement, au lendemain de législatives en partie boycottées et qui ont provoqué une mise en garde des Etats-Unis contre un éventuel coup d'Etat » (février 2014). V. aussi vie courante : « Killian, je te préviens, à trois je me fâche ! ».


Prendre acte : loc. verb. (langue de bois) : prendre note, constater ou reconnaître de façon formelle un état de fait, souvent en vue de s’y référer ultérieurement. Ex. : Le Conseil de sécurité « prenant acte du caractère pluridimensionnel et interdépendant des défis à relever en Afghanistan ». V. ne pas faire avancer le Schmilblick. Accusé de réception des réunions au sommet, permet par sa neutralité de ton de réagir à un événement ou une proposition sans prendre position. Joker favori du diplomate, trahit généralement un manque d’inspiration ou une volonté de ne pas se mouiller. Formule ambigüe par excellence, peut selon le contexte s’interpréter comme la marque d’un désintérêt policé, d’une réserve prudente, d’une perplexité contenue, d’une préoccupation marquée, d’une impuissance résignée, ou d’une simple langueur administrative. Incidemment, outil rhétorique providentiel des demoiselles embarrassées par un amoureux transi demandant leur main.


Regretter : 1. Manifestation d’insatisfaction personnelle face à une situation jugée fâcheuse. Permet d’exprimer en filigrane différents sentiments incompatibles avec l’exercice des fonctions de diplomate (impuissance, amertume, colère, hystérie, voire désir d’homicide avec préméditation). Outil indispensable du vocabulaire des médiateurs internationaux dans les négociations de paix israélo-palestiniennes, le conflit syrien et d’autres conflits insolubles. V. aussi « Exprimer sa (grave) préoccupation » et « Condamner ». Ndlr : L’expression publique des regrets a été contestée, jadis, par une artiste-militante à crêpe rousse (« N'aie pas de regret/ Fais-moi confiance / Et pense/ A tous les no way/ L'indifférence des sens », Mylène F., ‘Les regrets’, in L’autre, Polydor, 1991) 2. Reconnaissance implicite d’une part de responsabilité dans une situation que l’auteur ne souhaite pas endosser publiquement. Palliatif nécessaire à la désuétude de l’expression « Exprimer ses excuses » dans les relations diplomatiques, l’expression permet de ménager la chèvre (opinion publique de l’Etat responsable) et le chou (l’Etat lésé) dans un contexte bilatéral sensible. Ex : John Kerry, Secrétaire d’Etat américain, exprimant ses « regrets » suite au (mal-)traitement du Consul général adjoint indien, accusé d’exploitation de son employée. V. aussi « Exprimer ses excuses », 100 expressions diplomatiques à sauver, Bernie Pavot, inédit.


Saluer : v. transitif : rendre hommage à une action, à une qualité de quelqu'un, en reconnaissant leur valeur, en soulignant les sentiments de respect et d'admiration qu'elles inspirent. En relations internationales, souligner les mérites d’une action, d’une décision. A ne pas confondre avec une salutation matinale. V. aussi High-five diplomatique. Moyen parfois de constater avec satisfaction (V. Constater, Se dire satisfait ou Se féliciter). Ex : « Le président de l’Assemblée générale salue la détermination des Etats sur les Objectifs du millénaire pour le développement ». (65ème session de l’Assemblée générale, 29 septembre 2010).


Se dire préoccupé, exprime sa préoccupation, exprime sa grave préoccupation : Degré supérieur de l’inquiétude. « Souci vif et constant qui absorbe l’esprit au point de le détourner d’autres objets » (Larousse). Ex. vie courante : « Les français se disent gravement préoccupés par la flambée du prix de la baguette Tradition ». Invite d’autres membres de la société internationale à agir en conséquence, l’auteur ne souhaitant pas y aller tout seul, ex : « Le président Obama et le Premier ministre Cameron ont exprimé leur "profonde préoccupation" lors d'une conversation téléphonique sur l'utilisation présumée d'armes chimiques en Syrie » (AFP, 25 août 2013). V. aussi Exprimer son inquiétude.


Se dire satisfait, exprimer sa satisfaction : Expression ancienne, rare en relations internationales. Action de constater, agrémentée d’une poussée d’ego qui apparaît rarement justifiée. V. Satisfaction : contentement, assouvissement, fait de donner à quelqu’un ce qu’il veut, joie résultant de l’accomplissement d’un désir ou souhait. Syn. : Béatitude, suffisance. Manifestation de la joie d’un succès auquel l’on n’a clairement pas contribué. Alternativement, fierté suite à un compliment que l’on a reçu, ex : « La Turquie se dit satisfaite du rapport de l’UE » [ndlr : Bilan annuel sur la Turquie]. V. aussi Se féliciter.


Se féliciter : Expression de contentement suite un événement jugé positif (racine lexicale : félicité - de felix, -icis, heureux). A pour objectif tantôt de : 1. souligner ses propres mérites (ex. l’élève se félicitant de son excellent bulletin de notes) ; 2. se satisfaire du succès d’autrui, lorsqu’on y a pris part (la mère, qui a aidé son fils quotidiennement dans ses exercices indigestes) ; 3. s’attribuer sans vergogne les mérites d’un autre (le père, qui dès le premier soir avait lancé le manuel de physique par la fenêtre et s’en était remis à sa femme).

 

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Published by Collectif d'auteurs - dans Droit International
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