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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 12:01
5 ans du blog - Les discours et les photos

Le 7 juillet 2016, sur l’invitation de l’équipe de Ma librairie de droit/Le libraire de la Cour de cassation Lexis-Nexis (Place Dauphine), a été organisée une rencontre destinée à fêter les cinq ans du blog Le droit international expliqué à Raoul. Plusieurs invités de marque ainsi que des amis et lecteurs du blog ont aimablement fait le déplacement pour se rencontrer autour d’un apéritif qui s’est poursuivi jusqu’aux heures tardives précédant la diffusion du match de l’Euro Allemagne-France, à savoir environ 20h45. La France a gagné sans difficulté, pour la petite histoire, de sorte que ceux qui ont quitté prématurément la rencontre auraient gagné à rester.

Pour les malheureux qui n’ont pu participer à ce moment très convivial, je reproduis ici (avec leur aimable autorisation) la transcription des discours des invités - Jeanne Dupendant, Franck Latty, Serge Sur et Aurélie Tardieu - ainsi que le mien. Qu'ils soient vivement remerciés pour leur participation et qu'il soit noté que le ton oral de leurs interventions a volontairement été conservé. Un grand merci à Marine Escure, Michèle Pinson et leurs collègues pour cette belle opportunité de rencontre, à Aurélie Tardieu et Marine Escure pour les photos prises ce jour-là, à Sibel Cinar pour la captation audio et à tous ceux qui ont fait le déplacement, les bras parfois chargés de victuailles.

5 ans du blog - Les discours et les photos

Valère Ndior, maître de conférences à l’Université Toulouse 1 Capitole

"Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Comme vous pouvez le voir, je ne suis ni Raoul, ni Hervé Valoche… mais ils m’ont demandé de m’exprimer en leur nom. Je vous rassure, je serai relativement bref.

Bien évidemment, je voudrais adresser des remerciements appuyés à l’équipe de la libraire, notamment Marine Escure et Michèle Pinson qui nous ont très gentiment proposé de nous réunir ici afin de célébrer l’anniversaire d’un personnage de blog. Merci également à tous ceux d’entre vous qui ont effectué le déplacement, d’autant que certains sont venus de très loin : Montpellier, le Royaume-Uni... Je suis à la fois flatté et préoccupé de voir que des gens sont capables de parcourir des centaines de kilomètres uniquement pour prendre l’apéro, aussi juridique soit-il (rires).

Parlons maintenant de Raoul. Raoul Valoche est petit garçon conçu dans une chambre d’hôtel à Montréal, en 2010, lors d’un concours de plaidoirie en droit international. Un garçon d’âge variable d’un post à un autre. C’est surtout un enfant qui se pose beaucoup trop de questions, à l’occasion de querelles dans les cours de récréation ou de polémiques familiales au cœur desquelles se trouve Hervé Valoche, son juriste de père, internationaliste obsessionnel – absolument pas inspiré d’un personnage réel, cela va de soi. Raoul se pose plusieurs types de questions.

Premièrement, Raoul se demande si le droit international est négocié, fantasmé, désenchanté, contourné ou contrarié. Il se demande plus largement si la société internationale n’est pas une vaste cour de récréation globalisée dans laquelle les élèves et les groupes d’élèves se livrent à différentes activités :

  • conclure des accords visant à encadrer leur coopération ;
  • se rassembler, dans des regroupements plus ou moins formels et plus ou moins permanents tels que le conseil de sécu-récré, le club des 15 élèves possédant le plus de jeux sur Nintendo 3DS, l’organisation récréative du squatt de la table de ping-pong ;
  • délimiter ou revendiquer des territoires à l’égard desquels ils invoquent une souveraineté contestée, notamment la table de la cantine située tout près du stock de briques de jus d’orange ou le terrain de basket qui leur permet d’exprimer leur talent sportif ;
  • violer la règle de droit, en agressant par exemple les élèves du CE2B (mais ces derniers l’ont un peu cherché car ils ont mangé tous les Granola lors du dernier cross des écoles – c’était donc de la légitime défense préventive) ;
  • manifester un intérêt pour l’exploitation des ressources naturelles des uns et des autres (carambars, cartes panini, pogs et billes trouvées sur le plateau continental du préau) ;
  • vaguement tenter d’élaborer des discours tendant à démontrer qu’ils n’ont pas violé le règlement de l’école (sans emporter la conviction de la chambre plénière du conseil de vie scolaire).

Les questions de Raoul sont le reflet de celles qui taraudent les internationalistes parmi nous. A ces questions, il n’y a jamais sur le blog de réponse évidente mais, au mieux des tentatives de clarification, sous un angle léger et sans notes de bas de page.

Deuxièmement, Raoul se demande si le droit international est bien un droit ou s’il s’agit d’une chimère, voire d’une mystification universitaire, uniquement digne d’être professée dans les amphis ou d’être alignée sous forme de manuels dans les étagères des bibliothèques (rire entendu de deux/trois personnes dans l’assistance). Quelqu’un se reconnaît ! Un privatiste présent dans la pièce se reconnaît ! Bref. Le droit international relève-t-il de cette « république intergalactique rêvée par les étudiants », pour reprendre les termes de Jeanne Dupendant dans un article écrit pour le blog en 2014 ? Souvent la conclusion est hâtive et erronée : faute de parvenir à résoudre tous les conflits et crises, le droit international n’existerait pas ou ne servirait à rien, pour reprendre les termes du billet publié par le Professeur Serge Sur en 2014 sur le blog. Plus que l’utilité du droit international, c’est souvent la vocation de ceux qui l’étudient ou le pratiquent qui est remise en question. D’ailleurs, ne l’oublions jamais, c’est lorsque le juriste internationaliste se retrouve cerné par ses proches qu’il devient le plus faible et le plus sujet aux critiques. Les repas de famille, les barbecues amicaux, les kermesses constituent certainement, après BFM TV, la menace la plus immédiate pour la crédibilité du droit international (rires).

A ceux qui se posent toutes ces questions, le blog et ses contributeurs espèrent offrir du réconfort et, surtout, des éléments de querelle juridique interminable, à destination notamment des conjoints, des familles, du boulanger du quartier, inquiets de cette vocation professionnelle douteuse.

Troisièmement, enfin, Raoul s’interroge, sur l’université, sur ce microsystème, sur son quotidien, sur les relations entre ses habitants : les chargés de td sont-ils des tyrans ? peut-on envoyer un mail à son prof de droit et en réchapper ? Faut-il vraiment retenir toutes ces jurisprudences de droit administratif ? (quelqu’un dans l’assistance souffle « Oui ! » - rires) Raoul a au moins une conviction sur l’université : c’est que lors d’un colloque, il convient de ne pas dépasser le temps alloué, au risque sinon de retarder le cocktail. Il en va de même durant les rencontres en librairie, surtout lorsqu’elles sont agrémentées d’un buffet. Il sera donc plus opportun d’approfondir ces questions sur le blog ou sur un autre support, peut-être papier, au cours des cinq prochaines années.

Pour cette raison, je suis heureux de céder la parole aux parrains et marraines de Raoul qui ont bien aimablement accepté de prendre une part active à cette rencontre, dans l’ordre de passage : Jeanne Dupendant, Franck Latty, Aurélie Tardieu et Serge Sur. Je vous remercie (applaudissements)".

5 ans du blog - Les discours et les photos

Jeanne Dupendant, doctorante à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

"Pour fêter les 5 ans du blog « Le droit international expliqué à Raoul », j’ai choisi de vous conter sa fabuleuse histoire.

C’est pleine de désarroi que je contemplais, en ce mois de mars 2010, l’édition loin d’être achevée des Echos de Montvrai dont j’étais alors rédactrice en chef. Il s’agissait d’un numéro spécial de ce discret journal becqueco-gallo-francophone consacré aux 25 ans du concours Charles Rousseau – qu’il n’est plus utile de présenter puisque Hervé Valoche l’a souvent mis à l’honneur sur son blog.

J’étais prête à passer une nuit blanche de plus à essayer de pondre un article vaguement drôle, quand un doux cliquettement me sortit de ma torpeur, j’avais reçu un message !

Il émanait d’un certain Valère, un type qui avait l’air plutôt timide, qui disait me connaitre mais pensait que je ne me souvenais pas de lui et qui se disait prêt à « aider si nécessaire, pour un article ou plus » « en termes de rédaction pour mon petit journal ». Il terminait son message par un poli « cordialement » et je m’étonnai simplement qu’il ne me vouvoyât pas.

J’encourageai poliment – mais sans grande conviction – le jeune Valère à passer à l’action et retournai au travail, assez dépitée.

A ma grande surprise, je reçus quelques jours plus tard deux articles très prometteurs intitulés « G. Dufour : "Aujourd’hui j’ai peur mais je ne regrette rien" » et « DJ Dubuisson en tournée à La Haye » (les habitués du concours Rousseau imaginent de quoi et de qui il s’agit !).

Je saluai immédiatement la « plume journalistique » de Valère et lui commandai de nouveaux articles. Il signa ainsi pour le journal les horoscopes, mais c’est une autre contribution que l’histoire retiendra et qui arriva dans ma boîte mail le 13 avril 2010.

Bonsoir [Jeanne],

Mon esprit s’est emballé sur les amici curiae et ça donne ça. Je vous laisse juges de la pertinence (et de la longueur) de l’article!

Valère

La pièce jointe contenait un article que vous connaissez certainement tous « L’amicus curiae : itinéraire d’une créature indésirable. Par V.N., Chroniqueur judiciaire. ».

Je dévorai l’article qui mettait en scène pour la première fois la famille du jeune Raoul, adolescent un tantinet impertinent mais très attachant. L’amicus curiae y était comparé à la belle-mère, c’est-à-dire – je cite « une présence rarement sollicitée, hautement contrariante pour le/la maître(sse) des lieux et assortie de prises de position quelques fois hors de propos » (rires) – fin de citation.

Je réalise 6 ans après, la chance que j’ai eu de découvrir en primeur le premier article de celui qui ne s’appelait pas encore Hervé Valoche ! La justesse de la métaphore, aussi bien pour les amici curiae que pour les belles-mères (rires), le style précis, la pédagogie de cet article m’emballèrent instantanément. Je félicitai immédiatement le jeune Valère, l’autorisai à, pour ne pas dire l’implorai de, retoucher tous les articles des Echos de Montvrai et lui proposai une promotion (rires).

Quelques semaines plus tard, je confiais à Valère toute mon admiration pour sa plume et lui conseillais d’écrire d’autres articles juridico-humoristiques, pourquoi pas en créant un blog. Il suivit mon conseil un an plus tard en lançant en juillet 2011 « Le droit international expliqué à Raoul ».

Par ce conseil, fort avisé, je m’étais mise au chômage technique car Valère 2.0 aka Hervé Valoche n’avait plus besoin d’éditrice. Néanmoins, à l’instar de ces rockstars, fidèles à leur agent des débuts ou à ces présidents normaux qui voyagent en TGV, Valère n’a jamais oublié sa jeune éditrice. En effet, ce petit rôle que j’ai eu la chance de jouer dans sa vie m’a valu le rôle fictif de sœur d’Hervé Valoche dès septembre 2011. Fidèle, Valère m’a régulièrement sollicitée pour les anniversaires du blog, y compris cette année. Voilà donc ce qui m’a offert le privilège de prendre la parole aujourd’hui devant vous au milieu de superbes têtes d’affiche.

Valère, merci pour ton amitié et longue vie à Raoul !" (applaudissements).

5 ans du blog - Les discours et les photos

Franck Latty, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

"A mon tour je remercie Valère pour son invitation ainsi que la Librairie de la cour de cassation. Je me suis un petit peu creusé la tête pour trouver comment rendre hommage au blog pour son cinquième anniversaire.

Je me suis dit qu’il existait une manière peu charitable de le faire, sous forme de remontrances : relever par exemple que la publication de posts se fait désormais à un rythme très lent. Je remarque aussi que Valère a eu tendance à faire appel à d’autres auteurs pour alimenter le blog. J’ai donc envie de dire qu’il faut se remettre au travail !

Puis je me suis dit qu’il existait une autre manière, celle que j’ai retenue, plus bienveillante et prospective. Vous savez tous que l’auteur du blog va entrer de plain-pied dans le métier d’enseignant-chercheur. Il va entamer sa « vraie » carrière en tant que maître de conférences à Toulouse où il va prodiguer la bonne parole du droit international dans des amphithéâtres bondés d’étudiants avides de savoir – on peut rêver (rires). Cela m’a donné l’idée de relire la publication consacrée aux profs de droit qui date d’avril 2012 et dans laquelle différents profils de professeurs et de maîtres de conférences sont croqués de manière assez truculente. Parmi les différents profils identifiés par Valère, je me demande finalement quel sera le sien. Alors… (rires).

Je ne vais pas tous les passer en revue mais j’en ai relevé quelques-uns.

Premier profil, le profil « Robert Redford » qui, je cite, « a un charisme qui n'est pas nécessairement physique. Cela relève plus d'une aura, une globalité, un ensemble indivisible, un col roulé particulièrement bien fait » (rires). Je connais des collègues qui portent des cols roulés… mais je ne me permettrai pas de les catégoriser ! Valère est-il un futur « Robert Redford » ? Je me dis que le col roulé, à Toulouse, cela peut être un peu pénible. A voir.

Deuxième profil identifié, « L’élève de… ». Je cite : « Tout juriste a un maître et celui-ci ne fait pas exception. Le problème est que cet enseignant a développé un phénomène d'addiction à toutes les écritures de son maître, addiction qu'il entend bien transmettre à plusieurs générations d'étudiants. Tout développement fourni pendant le cours sera immanquablement validé par la théorie du Maître, qu'il soit mort ou vif d'ailleurs ». Le test sera peut-être de voir la place qu’occuperont les immunités dans les enseignements de Valère !

Profil suivant, « Assassin’s Creed Exterminations ». Je cite : « Cet enseignant est craint à la fois par ses étudiants, l'administration et ses collègues. (rires) Pourquoi? Tout simplement à cause de sa capacité à vous planter une lame psychologique dans la carotide ». Contrairement à certains collègues que je vous laisse le soin d’identifier, il n’est pas dans la personnalité de Valère de jouir des tortures psychologiques infligées à son prochain. Je pense donc que l’on peut évacuer ce profil. Du moins, je l’espère (rires).

Autre profil, celui de l’enseignant qui lit son manuel sur un ton théâtral. Il n’existe pas encore de manuel de droit international rédigé par Valère. On aura peut-être bientôt le « Ndior » – on l’appellera comme ça – mais, dans l’intervalle, il pourrait tout à fait lire les posts de son blog comme s’il déclamait du Shakespeare. Je ne pense toutefois pas que ce sera son profil.

Le profil Dumbledore : « le professeur le plus charismatique de votre université, voire de sa discipline, voire du Droit. Il a une longue carrière derrière lui, un certain âge (50 ans minimum) et a écrit (en dormant) des ouvrages que vous seriez incapables d'égaler même avec équipe de quatre agrégés ». Peut-être, mais bon, là, c’est un peu prématuré (rires).

Il y a donc toute une palette de portraits que je ne vais pas reprendre : Mary Poppins, l’excentrique pédagogue ; le blasé qui, je cite, « vous retournera les tripes en évoquant les jurisprudences les plus abominables de l'Histoire » ; Théophile le théoricien, un théoricien inintelligible ; Horace Slughorn, juriste un peu mondain à ce que j’ai compris ; Flash Gordon, qui débite son cours à une vitesse fulgurante au point que les étudiants ne peuvent pas suivre ; le Ministre de l’Intérieur, qui crée, assez paradoxalement un climat d’insécurité dans l’amphithéâtre (rires), etc.

Mais en réalité, Valère a déjà identifié de manière prémonitoire – le post a été rédigé en 2012 – sa catégorie, à savoir celle qui s’intitule « Le Nouveau ». Je ne résiste pas au plaisir de vous lire ce qu’il a écrit sur cette catégorie : « Comme son nom l'indique le Nouveau est nouveau. Il a récemment fini son doctorat, vient d'être recruté pour un premier poste d'enseignement et bénéficie donc de la fougue de la jeunesse, qu'il ait été affecté à sa matière de prédilection ou à une autre beaucoup moins passionnante. Peu importe, il entend faire son travail avec discipline et bonne volonté. Il sera donc ouvert au dialogue avec ses étudiants et les chargés de TD de son équipe, fera en sorte de rendre son cours intelligible et sera aussi agréable que possible avec ses collègues plus expérimentés. Cela peut durer entre deux ans et une dizaine d'années selon la nature profonde du Nouveau ».

Sous-entendu : entre deux et dix ans après son recrutement, il sombrera lamentablement (rires) dans une autre catégorie que Valère décrit comme pouvant caractériser ensuite éternellement les traits de nos collègues. J’ai réalisé en lisant cela que cela fait pile dix ans que je suis entré dans la carrière d’enseignant-chercheur « titulaire »… (rires). Je ne suis donc plus un Nouveau, c’est sûr et certain, mais je préfère ne pas savoir dans quelle catégorie j’ai sombré. S’agissant de Valère, je pense qu’il faudra sans doute inventer, rédiger un profil sui generis : le profil de celui qui a « l’esprit Raoul ». Evidemment, je n’ai plus le temps de vous parler de l’esprit Raoul, de chercher à le définir, mais je pense que vous avez tous deviné de quoi il s’agit et peut-être que quelqu’un d’autre le fera après moi… Quoi qu’il en soit, je souhaite un très bon anniversaire au blog !" (applaudissements).

5 ans du blog - Les discours et les photos

Aurélie Tardieu, maître de conférences à l’Université de Caen Basse-Normandie

"Cher Valère, cher Hervé, cher Raoul, merci de m’avoir conviée à partager les cinq ans de valocheries, de valochades, qui font le plaisir des étudiants, des enseignants et aussi de ma mère, qui est une assidue du blog. Chose amusante : aujourd’hui c’est la Saint-Raoul mais aussi la Sainte-Edda, donc également la fête de ma mère.

Merci pour les étudiants. Souvent, les étudiants vont sur la toile et on regrette de les voir demeurer « wikipèdes », en d’autres termes, ils tâtonnent et restent généralement sur Wikipedia... On est toujours heureux de voir qu’un d’entre eux va, à un moment donné, découvrir le blog et, petit à petit, faire des émules, lancer un mouvement d’adeptes du mouvement raoulien (rires). Une nouvelle secte est en cours de création.

Merci également pour les non-juristes. Je repense beaucoup à mes années de doctorat, à ce moment où l’on est avec des non-juristes à une table et où vient la question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » (rires). « Alors, je fais une thèse… ! ». Bonjour, j’ai 27 ans, je suis étudiante, ça commence bien (rires). Ensuite, « dans quelle matière ? ». « Le droit international public », ça se passe bien au départ, on peut parler de l’actualité mais il y a toujours un moment où quelqu’un va dire « Ah, j’ai une question en droit, au sujet de mon divorce, de mon dégât des eaux » (rires). Là, on n’est pas très très aidés… J’aurais bien voulu pouvoir leur tendre l’adresse du blog en me disant « Il ne sait pas qui est Raoul mais ça va venir ».

Puis arrive le moment où vous devez présenter votre sujet de thèse. Le mien fait 21 mots (j’ai compté) dont un adage latin. J’ai dû expliquer que la lex specialis n’était pas une maladie honteuse, qu’elle ne s’attrape pas en partageant un mojito (rires), qu’on peut éventuellement, après avoir bu quelques bières se lancer dans ces études-là, et si l’on boit beaucoup de bières, on peut même voir du jus cogens, mais je ne suis jamais allée jusque-là, j’ai toujours gardé ma dignité (rires ou « roooh » dans l’assistance, applaudissements d’une personne non identifiée).

Merci de montrer aux juristes de tout poil – là j’avais commencé une petite nomenclature un peu capillotractée  des juristes par discipline (poil dur, poil long…) mais je me suis dit que je n’avais que cinq minutes et qu’il n’était donc pas nécessaire de vous en faire profiter. Je disais donc merci de leur montrer que nous, internationalistes, sommes aussi des juristes, que le droit international public est une vraie discipline juridique qui s’appuie sur des éléments concrets, et que discipline et humour peuvent faire bon ménage. J’ai connu d’autres personnes qui savaient conjuguer discipline et humour mais ne le faisaient pas nécessairement volontairement…

En tout cas Raoul a bien de la chance d’avoir Hervé pour père et on enviera surtout ses étudiants (applaudissements)".

5 ans du blog - Les discours et les photos

Serge Sur, professeur émérite de l’Université Paris II Panthéon-Assas

"Je suis très heureux d’être là et de pouvoir vous féliciter à la fois pour le blog et pour votre nomination à Toulouse, qui va vous donner une base très solide pour enseigner.

Il se trouve que je ne suis pas un lecteur très assidu du blog, je le lis de façon intermittente, mais j’ai eu le privilège d’y écrire. Je pourrais donc me borner à répéter ce qui y est écrit, notamment les deux anecdotes qui illustrent l’évolution du droit international et de sa perception.

La première anecdote relate la rencontre entre Clemenceau et Wilson à la fin de la Première Guerre mondiale. Wilson fait l’éloge de la protection offerte par le droit international. Clemenceau lui montre le poulet rôti qui fait l’objet de leur dîner, et lui répond : « Regardez ce poulet rôti, il croyait au droit international » (rires). C’est une formule qui s’est vérifiée par la suite, l’année 1940 en est la démonstration.

Il y a une deuxième anecdote, beaucoup plus tard. Le juriste anglais Ian Brownlie est à La Haye pour y assurer, je crois, le cours général et dit à ses étudiants « Vous ne croyez pas au droit international ? Vous avez tort. Regardez le parking, vous allez y voir une Rolls. C’est la mienne. Voilà bien la preuve que le droit international existe ». C’est devenu une discipline qui nourrit beaucoup de gens. Beaucoup de gens (rires). Je ne sais pas si elle règle les problèmes de fond mais elle remplit déjà un office extrêmement satisfaisant pour nous tous (rires).

Mais je ne voudrais pas continuer dans une approche professionnelle. Je voudrais plutôt dire un mot sur l’enseignement.

Au fond, le problème qu’on a est le suivant : comment enseigner le droit international ? Il y a plusieurs types d’approches. Je vais reprendre des nomenclatures puisqu’après tout, on y a pas mal recouru – pas les vôtres, mais elles vont peut-être se recouper en partie. J’espère ne choquer personne mais je dirai qu’il y quatre approches possibles – il en existe certainement d’autres – mais ce sont les quatre auxquelles je songe.

La première est l’approche militante. C’est une approche qui est assez répandue, elle consiste à militer pour un bon droit international, celui qu’on imagine comme étant le droit international parfait, dont on s’étonne qu’il ne se soit pas encore réalisé et dont on se propose de contribuer à la réalisation. Je considère que c’est la maladie infantile des internationalistes et malheureusement elle affecte un certain nombre de collègues, pas nécessairement les plus jeunes. Je vous mets en garde contre les approches militantes du droit international qui peuvent apporter une satisfaction narcissique mais qui n’apprennent rien à personne et peuvent induire en erreur.

La deuxième approche possible est l’approche dogmatique. [à Franck Latty] Au fond, vous y avez fait allusion lorsque vous avez mentionné l’enseignant et ses Maîtres. L’approche dogmatique consiste à considérer que l’on a déjà résolu tous les problèmes parce que quelqu’un les a déjà posés et solutionnés – on se place donc dans son ombre ou l’on développe sa propre doctrine. Ce n’est pas vraiment une démarche militante car on est ici plutôt sur un registre intellectuel : on va vouloir caser le droit international dans un système que l’on aura construit et qui sera aussi clos que possible. Je dirais que c’est une approche adolescente, parce qu’on a besoin de sécurité intellectuelle et on tend volontiers à se reposer sur un système clos. En plus, cela permet de se débarrasser du droit international parce que, contrairement à Valoche, on ne se pose plus de questions. On a les réponses. A partir de là, on peut tranquillement aller au cinéma, vaquer à ses occupations et ne plus s’en soucier, alors que le droit international est une discipline qui conduit – Raoul en est la parfaite illustration – à se poser des questions.

La troisième approche est esthétique. Pour ma part, c’est celle que je préfère, tout en reconnaissant qu’elle est personnelle et qu’elle est un peu égoïste, évidemment, parce que le droit international peut procurer beaucoup de plaisir intellectuel. C’est une très belle construction intellectuelle. Il existe en effet des formules de la Cour internationale de Justice, des expressions de traités, qui sont parfaitement élégantes, qui sont agréables à lire et que l’on retient. On peut donc se baigner dans l’édifice du droit international, dans la piscine du droit international, comme on suit un opéra. Il y a une beauté de ce droit. On peut l’aimer pour cela, essayer de faire partager ce plaisir et cet amour. Evidemment, on n’en attend pas forcément de grandes réalisations pratiques, on est content lorsqu’elles se produisent mais ce n’est pas là l’essentiel. Cette approche-là est déjà, à mon avis, une approche adulte.

Il existe enfin une quatrième approche, c’est celle de Valoche, l’approche ludique, certainement la plus didactique, la plus pédagogique, parce qu’elle apprend tout en jouant. Mais le jeu est une chose sérieuse, le jeu obéit à des règles, le jeu n’est pas un pur divertissement, il comporte toujours un enrichissement intellectuel. Et lorsqu’on lit attentivement ce blog et les différents posts qui le composent – je ne les ai pas tous lus mais j’en ai lus certains –, on est frappé par la qualité des raisonnements qui y sont suivis, par la réalité des problèmes qu’ils soulèvent. C’est donc un véritable exercice d’enseignement, pas un simple divertissement. On pratique d’ailleurs beaucoup le jeu en droit international et ailleurs. [à Jeanne Dupendant] Vous mentionniez par exemple le Concours Rousseau. Ce concours est le type même du jeu qui est organisé pour perfectionner la connaissance et éventuellement favoriser le développement intellectuel, en tout cas pour former des esprits. Et je crois que ce blog contribue très largement à la formation, non seulement des jeunes esprits, mais aussi des vieux esprits comme le mien. Merci."

(applaudissements)

Notons que "@BetterCallBen" lui-même était venu avec son célèbre "Firebolt"!

Notons que "@BetterCallBen" lui-même était venu avec son célèbre "Firebolt"!

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 14:06
Le droit dans Game of Thrones – Lille’s Landing

Fin 2015, le service de l’action culturelle de la Bibliothèque de droit de l’Université Lille 2 m’a fait le grand plaisir de m’inviter à présenter une conférence consacrée à la saga Game of Thrones. Ma mission, durant une heure, était d’offrir aux étudiants une sorte de « prélude juridique » au visionnage (durant une nuit entière) de la première saison de la série.

Je tiens à remercier le Professeur Louis de Carbonnières et Mme Elise Anicot pour leur aimable invitation, ainsi que Mme Perrine Cambier-Meerschman, M. Yann Marchand et l’ensemble de l’équipe d’animation culturelle pour leur bel accueil. Notons que grâce aux démarches (hallucinantes) de cette équipe, la chaîne HBO a bien voulu apporter son soutien à cette manifestation en autorisant la diffusion d’extraits et d’épisodes de la série durant la soirée.

Je reproduis ici mon intervention mise au propre mais non réécrite, de sorte qu’elle conserve un caractère oral. Précisons d’emblée que la présentation s’appuie strictement sur la version télévisée et que tout lecteur n’ayant pas visionné la série jusqu’à la saison 5 sera victime de spoilers.

Le droit dans Game of Thrones – Lille’s Landing

« J’ai évoqué un prélude juridique à cette soirée car nous allons nous intéresser à la place du droit dans cette série. Et l’on peut d’emblée, légitimement, se poser la question suivante : pourquoi s’interroger sur le « droit dans Game of Thrones », alors que cette fiction est, à première vue, non juridique ? Peut-on y appliquer la locution latine Ibi societas, ibi jus? Qui dit « société », dit « droit »?

Je doute sérieusement du fait que George R.R. Martin, l’auteur de la série de romans, ait entendu susciter une réflexion juridique lorsqu’il a écrit sa saga. Pourtant, la richesse du monde qu’il a créé se manifeste tout autant par la complexité de sa trame et par le nombre de ses personnages que par la présence d’institutions, de règles, de pratiques, de coutumes ou de traditions amenées à encadrer le comportement de chacun. Contrairement à ce que pourrait penser, de façon prématurée, un spectateur de la série, le droit n’a pas déserté les Sept Couronnes. Le droit contribue aussi bien à définir le statut personnel des individus que les relations qu’ils nouent au quotidien, entre eux et avec les autorités, dans chacune des cités et royaumes qui sont présentés au fil des épisodes. Néanmoins, il apparaît difficile, même en analysant rigoureusement les épisodes, d’identifier la source d’un droit qui serait imposé aux sujets. Et pour cause, c’est généralement par les usages, donc sans support écrit ou texte de référence, que les comportements sont encadrés. Les réalisateurs ne nous aident pas beaucoup.

Identification d’un système et d’une autorité juridiques

Pourtant, les fans les plus aguerris ont peut-être identifié ce qui semble constituer la norme ou plutôt le référentiel suprême dans le royaume de Sept Couronnes : la Paix du Roi, évoquée dans de nombreux épisodes de la série et liée à l’autorité du Roi des Sept Couronnes. Elle semble constituer le cadre juridique global dont dérivent une importante partie des règles et coutumes de Westeros. Quelle est donc cette Paix du roi, si abondamment citée et jamais vraiment expliquée ?

La Paix du roi n’est sans doute pas très éloignée du droit, éponyme, en vigueur en Angleterre avant la conquête normande au début du XIème siècle (the King’s Peace). Plutôt qu’un corps formel de règles, l’expression semble davantage désigner le système d’organisation féodale appliqué sur le territoire, l’objectif qui doit globalement guider le comportement de tous les sujets. L’une de ses principales caractéristiques est de favoriser autant que possible le maintien de la paix, d’un équilibre pacifique, grâce à l’action locale d’individus investis d’une autorité (lords ou seigneurs, roi, chefs de maisons, etc.). Ce système suppose que l’autorité des Seigneurs des différentes Maisons sur leurs sujets dérive de celle du Roi et qu’ils assurent concrètement le maintien de la paix sur le continent, leur pouvoir étant directement délégué par la Couronne. En somme, c’est à la fois la sagesse du monarque et celle des suzerains qui permettent l’application du droit dans l’ensemble du Royaume des Sept Couronnes. Une première étape de notre réflexion semble être franchie, à savoir l’identification d’un cadre juridique général.

On ajoutera que le Royaume des Sept Couronnes semble disposer d’une autorité chargée d’éclairer le Roi sur différentes questions juridiques, incarnée par le Maître des Lois, qui siège au Conseil restreint de Port Réal. Il s’agit dans la première saison de Renly Baratheon, nommé par son frère le roi Robert. On note toutefois que son rôle en tant que gardien du droit est à peine évoqué… On relève surtout qu’après son départ précipité de Port-Réal dans la saison 1, il ne semble pas vraiment avoir été remplacé. C’est sans doute là le signe de l’importance réduite accordée par les Lannisters au droit dans leur art de gouverner : à partir de la deuxième saison, le Conseil restreint, piloté par Tywin Lannister ou par Cersei Lannister, privilégie une approche très casuistique et opportuniste du droit…. Toujours est-il qu’après un système juridique, une autorité juridique semble pouvoir être identifiée.

A partir de ce système ébauché, tentons de trouver des exemples plus concrets de la présence de droit dans Game of Thrones. A cette fin, j’ai décidé de livrer le plan en deux parties en pâture aux dragons et d’envisager quatre axes, à savoir :  

-les relations entre individus ;

-les relations entre les individus et les détenteurs de l’autorité ;

-les relations entre les autorités ou institutions ;

-les relations entre les royaumes et cités.

 

Les relations entre individus

En termes de statut personnel, l’appartenance des personnages à différentes classes sociales ou « ordres » est clairement mise en avant et même exploitée par G.R.R. Martin dans son œuvre, pour construire un modèle de société d’inspiration féodale. On retrouve cette distinction de manière nette dans la série, qu’il s’agisse de différencier les nobles (principales familles qui vont parfois prétendre au trône), les roturiers (paysans ou commerçants), les ordres plus ou moins indépendants tels que les ordres militaires (dans une certaine mesure, voir l’exemple de la Garde de Nuit) et les religieux appartenant à différents cultes (ex : le Grand Septon, à tête du culte religion des Sept).

Cette distinction est loin d’être anecdotique car elle va avoir une influence sur les droits dont bénéficient les individus : les taxes dont ils devront s’acquitter, la nature des sanctions dont ils pourront être frappés en cas de crime, l’accès à certaines professions ou fonctions, la possibilité ou non de se marier, etc., sont autant d’aspects qui vont être affectés par le statut de l’individu, selon qu’il est d’ascendance noble ou simple paysan.

Le statut des individus va également être déterminé par leur âge et leur sexe, ce qui aura son importance pour deux sujets qui sont au cœur de la saga :

-la dévolution successorale : la règle la plus répandue pour déterminer qui héritera est la primogéniture masculine (à condition que l’individu soit né dans les liens du mariage).

-les mariages, essentiellement arrangés : on relève que l’âge nubile est déterminé de façon différente pour les hommes et les femmes. Ainsi, dans la saison 2, Sansa Stark est considérée comme adulte, donc nubile, à partir du moment où elle a ses premières menstruations. Les romans laissent entendre que les garçons sont eux considérés comme adultes dès l’âge de 16 ans.

Malgré ces exemples très concrets, il n’est pas question d’aller jusqu’à considérer qu’il existe un « droit de la famille » ou un « droit des successions » tels qu’on les entend en droit français pour déterminer le statut personnel. C’est plutôt une série de traditions, essentiellement locales mais fermement entretenues et respectées par les familles nobles, qui vont s’appliquer aux individus.

Il en ainsi de la célébration du mariage, effectuée par un Septon, donnant lieu au prononcé d’une série de vœux et s’achevant par la consommation quasi-immédiate des noces par le couple (sauf lorsque l’ensemble des invités est massacré durant la cérémonie…).

Il en est ainsi également des pratiques en matière de filiation, essentiellement coutumières, donc dues à des pratiques répétées au fil des générations. J’ai mentionné la dévolution successorale mais prenons l’exemple de la bâtardise, à savoir la naissance d’un enfant hors les liens du mariage, bien incarnée par le personnage de Jon Snow, puis par celui de Gendry ou de Ramsay Bolton. La bâtardise ne semble pas formellement condamnée mais est particulièrement « délicate » dans les familles nobles, comme le montrent les tensions entre Catelyn Stark et Jon Snow dans la première saison. Il est intéressant de relever que dans la saga, le statut des enfants nés hors mariage dépend de leur reconnaissance ou non par leur parent noble. Dans l’hypothèse où ils sont reconnus, ils seront dans une certaine mesure intégrés à la Maison de leur parent noble et devront par ailleurs avoir un nom de famille générique plutôt que celui de leur Maison, mais ils ne pourront pas prétendre à la succession. Enfin, comme le montrent les saisons 4 et 5, seul un décret royal permet la légitimation d’un enfant bâtard : c’est ainsi que dans la saison 5, épisode 7, Ramsay est légitimé par décret du roi Tommen et devient Ramsay Bolton.

Il existe donc des règles plus ou moins strictes sur le statut des individus, en fonction de leur ascendance et de leur genre. Nous pourrions chercher d’autres exemples mais on constate déjà qu’il y a donc bien une forme ébauchée de statut personnel permettant d’établir le patrimoine juridique des individus, d’organiser leurs relations les uns avec les autres, d’établir leurs droits et obligations.

Dès lors qu’ils disposent de droits et d’obligations, des différends sont susceptibles de naître entre eux. Comment sont-ils réglés, lorsque les individus ne recourent pas simplement à la justice privée, à savoir un bon coup de dague dans la nuque ? Existe-t-il un code qui indique dans quelles situations l’honneur d’un sujet de Westeros a été bafoué et les remèdes à y apporter ?

En vertu de la Paix du roi, ce sont les suzerains du roi, établis dans différentes régions, qui disposent d’une certaine autonomie pour régler les affaires courantes dans la région et sont amenés, à plusieurs reprises, à régler les différends entre les individus, voire à… agir en tant que bourreaux. C’est notamment le cas des Starks, suzerains du Nord et établis à Winterfell. Ceux-ci peuvent par exemple sanctionner leurs vassaux, y compris par la mise à mort, lorsque ceux-ci commettent des actes de trahison ou violent leurs serments : Ned Stark procède ainsi dès le début de la saison 1 ; Robb Stark exécute Rickard Karstark au début de la saison 3 et, de manière plus récente, Jon Snow décapite Ser Janos Slynt dans la saison 5. La justice est souvent radicale, d’issue violente, mais elle existe. Il faut d’ailleurs, dans ce cadre, aborder un aspect important du règlement des différends entre sujets, surtout nobles : le duel judiciaire

Le recours au duel judiciaire (trial by combat) est peut-être ce qui heurte le plus notre conscience de spectateur-juriste : vous êtes accusé, ne parvenez pas à faire la preuve de votre innocence ou de votre bon droit et exigez donc que la procédure soit interrompue pour être réglée par un combat à mort. S’agit-t-il d’une aberration juridique ?

En réalité, il s’agit d’une « procédure » qui était particulièrement répandue du Moyen-Âge jusqu’à la fin du XIXè siècle, essentiellement en Europe et reproduite dans plusieurs épisodes de la série. Tyrion Lannister est amené à faire appel deux fois au duel judiciaire dans la saga, tout en mettant en avant, de manière très critique, les failles du système judiciaire existant dans les Sept Couronnes, notamment l’absence de véritable contradictoire. L’épisode 6 de la saison 1 en offre une excellente illustration avec le procès de Tyrion aux Eyrié.

La critique de la justice développée par Tyrion dans cet épisode est pertinente dans la mesure où l’autorité amenée à juger semble avoir le dernier mot. On peut toutefois souligner de manière très critique le caractère abusif de ce procédé. Comme le confirme la scène suivante issue de la saison 4, le recours au Trial by combat peut être envisagé dès lors que la personne accusée estime que le vent tourne et que son procès, si on peut le qualifier ainsi, ne connaîtra pas d’issue favorable.

Les relations entre les sujets et le pouvoir

Cela nous amène à envisager les relations entre le sujets et le pouvoir : comme on le constate, ce sont essentiellement les monarques ou seigneurs des différentes Maisons nobles qui assurent la justice et favorisent le règlement des différends. Dans son fief, celui qui gouverne a toujours le dernier mot et c’est lui qui est amené à faire preuve de sagesse (ou non) pour déterminer à la fois s’il y a eu préjudice et s’il doit y avoir réparation. Des juristes de l’an 2016 pourraient s’étonner de l’absence, dans de nombreux cas, de toute référence à une règle ou à un précédent pour justifier et édicter la sanction… Toujours est-il que deux figures d’autorité concourent à la réalisation de la fonction judiciaire.

(Le Roi) Joffrey tout d’abord, qui représente l’autorité centrale. Au fil des épisodes, selon son bon vouloir, il demande au chanteur Marillion ayant composé une chanson particulièrement déshonorante pour le feu roi Robert, s’il préfère perdre la langue ou les doigts ; ordonne la mise à mort de tous les bébés susceptibles d’être les enfants bâtards de Robert ; ordonne l’exécution du héros de la série à la fin de la saison 1 alors qu’il s’est formellement engagé auprès de Sansa à ne pas le faire. Plus généralement, s’il n’est pas convaincu de faire autrement par ses conseillers, le Roi peut produire la règle de manière tout à fait discrétionnaire : c’est le cas par exemple dans l’épisode 2 de la saison 3, lorsqu’il envisage devant Margery de déclarer l’homosexualité passible de la peine de mort (fort heureusement, Margery détourne son attention en lui parlant d’arbalète). Ainsi, le Roi incarne la loi, son pouvoir apparaît quasi absolu et aucune forme de recours pour excès de pouvoir n’est envisageable par les sujets, hormis, bien sûr, la vengeance. On peut alors le dire, la Paix du roi, trop souvent perçue comme « Volonté du roi », est la principale source de droit dans Game of Thrones.

Les gouvernants que sont les suzerains ou les Seigneurs des différentes maisons nobles ont eux aussi un rôle majeur à jouer en la matière, étant régulièrement amenés à entendre les doléances spécifiques de leurs sujets pour y apporter une solution. Il peut s’agir selon les cas du préjudice causé par le fait d’un tiers, à la suite duquel on souhaite obtenir réparation. Il peut également s’agir d’une requête destinée à demander à l’autorité de revenir sur une de ses décisions (quoi ? du droit administratif avant l’heure ??). Voyez la figure de la séance des doléances qui est organisée de façon régulière à Meereen à partir du moment où Daenerys Targaryen en devient Reine suite à la prise de la Cité. La situation a cela de particulier qu’après avoir renversé les institutions qui y étaient établies et avoir banni l’esclavage, Daenerys est contrainte de reconstruire par à-coups un ordre juridique qu’elle estime plus respectueux des droits du peuple. Elle consacre ainsi de longues séances de doléances au traitement des requêtes des uns et des autres.

Daenerys rappelle souvent dans la saison 5 que « Law is Law ». Mais on réalise rapidement avec ces exemples que la principale source du droit est en réalité l’autorité, le « pouvoir » dans son acception la plus brute, voire la plus brutale. Cersei Lannister l’explique d’ailleurs à Lord Peter Baelish (Littlefinger) lors d’un échange au cours de la saison 3 : « Power is power ». Elle montre ainsi que l’agencement des pouvoirs se fait en sa faveur (voir cet article sur ce sujet).

Qui plus est, le pouvoir d’une autorité ne semble pouvoir être limité que par le plus grand pouvoir d’une autre autorité. Or, on le constate, les pouvoirs coexistent rarement de manière pacifique, ce qui implique que les sources de contraintes sont divergentes.

Les relations entre les autorités / les institutions

On perçoit dans cet univers une difficulté qui n’est pas très éloignée de nos préoccupations (bon, d’accord, de mes préoccupations), à savoir celle inhérente au développement d’une forme de pluralisme juridique. En effet, on observe dans Westeros, notamment à Port-Réal, la coexistence dans un même espace de plusieurs ordres ou systèmes juridiques concurrentiels : les règles édictées par le Roi, celles qui sont propres à une Maison noble, les règles issues de l’une des trois principales religions, les règles propres à certaines sociétés marchandes, etc. La structure hiérarchique du royaume permet le plus souvent de déterminer quelle règle, quelle coutume va s’appliquer à une situation donnée. « Dans le doute », le Roi, réel ou autoproclamé, celui qui concentre les pouvoirs entre ses mains, va le plus souvent avoir le dernier mot et moduler le droit selon son bon loisir.

Toutefois, la saison 5 nous montre que monarques et nobles sont également soumis aux lois sacrées et peuvent donc être soumis à des procédures et règles qui leur échappent, lorsqu’ils violent les textes divins. C’est ainsi que parfois, le droit divin est montré comme transcendant le droit créé par les hommes. Le procès des Loras Tyrell dans l’épisode 6  de la saison 5 en atteste, menant à l’incarcération de Loras et sa sœur Margery pour parjure devant les dieux, malgré leur statut noble (rappelons qu’à ce stade de la série, Margery est devenue la Reine en épousant Tommen Baratheon). L’emprisonnement de Cersei à l’épisode 7 de la saison 5 en atteste également : le Roi Tommen apparaît impuissant, sa seule alternative pour libérer ses proches étant de recourir à la force armée.

Le Grand Septon rappelle à plusieurs reprises durant ces deux épisodes que les nobles, comme les roturiers, doivent se soumettre à la Religion des Sept (la Foi), plus précisément aux préceptes de l’Etoile à sept branches, principal livre sacré de la religion des Sept. Ainsi, le monarque et ses vassaux ne peuvent pas prétendre être les seuls créateurs de droit sur le continent (il faut noter que les ordres religieux disposaient du pouvoir d’organiser des procès avant la conquête targaryenne).

Les relations entre royaumes

On pourrait penser qu’un univers aussi complexe s’est affranchi de toute forme d’organisation des relations entre puissances gouvernantes et de tout développement, de pratiques « internationales ». En réalité, une forme embryonnaire de règles internationales paraît s’esquisser à mesure que l’on observe les épisodes. George R.R. Martin nous incite bien malgré lui à raisonner sur certaines notions du droit international.

Par exemple, la figure du traité dans sa forme la plus primaire est bien présente, comme le montrent les nombreux accords et propositions d’accords qui ponctuent la saison 2 de la série. Ce sont plus généralement les traités de paix et d’alliance, souvent forgés par le mariage, qui ont permis au continent de Westeros de se structurer et à certains royaumes de se renforcer. Il faut ainsi rappeler que, dans le premier épisode de la saison 2, Robb Stark énonce une série de « Termes de paix » dont il propose la conclusion au Conseil restreint de Port-Réal et au roi auto-proclamé Renly Baratheon afin de mettre un terme au conflit qui menace d’embraser le continent de Westeros. Ces Termes de paix incluent, entre autres droits et obligations, la reconnaissance par l’ensemble des parties du Nord en tant que royaume libre et indépendant.

Les juristes assidus de la saga auront d’ailleurs noté à quel point la question de la reconnaissance des autres royaumes y est centrale. Il s’agit plus précisément de celle des gouvernants dont la légitimité peut être remise en cause, soit parce qu’ils se sont approprié leur couronne de manière illicite (par ex. Joffrey : épisodes 7 à 9 de la première saison), soit parce qu’ils prétendent exercer leur autorité sur un royaume dont l’existence n’est pas admise par les autres royaumes ou dont l’autonomie n’a jamais été consacrée : c’est le cas du Nord, ce territoire étant, jusqu’à la fin de la saison 1, une composante à part entière du territoire gouverné par Robert Baratheon. La sécession du Nord et la proclamation de Robb Stark en tant que roi (épisode 10 de la première saison) sont le premier mouvement d’une série de revendications sécessionnistes qui vont contribuer à l’éclatement du continent.

De nombreuses autres questions pourraient être envisagées mais ne peuvent être abordées faute de temps. Quel est le statut de la Garde de nuit par rapports aux différents royaumes et cités ? Cet ordre militaire est présenté comme totalement indépendant des royaumes. La prohibition de l’esclavage, applicable sur la quasi-totalité du Royaume des 7 couronnes a-t-il acquis la valeur de règle coutumière ? Les Sauvageons qui traversent le Mur, avec l’autorisation de Jon Snow, pour se mettre à l’abri des Marcheurs blancs, sont-ils, d’une certaine manière, des réfugiés ?

Tant de questions auxquelles il est difficile d’apporter une réponse sans abuser du temps qui m’a été aimablement accordé. L’organisation de cette manifestation a toutefois le mérite de montrer que Game of Thrones est une série qui inspire les juristes et qui continuera de le faire pendant encore quelques saisons. Elle suscitera la réflexion parce que les faits qui s’y déroulent sont le plus souvent choquants, peu conformes à notre conception de la morale. Elle suscite également la réflexion car elle nous amène aussi à nous interroger sur la légitimité du droit : un droit tyrannique, immoral, contraire à l’éthique ou simplement cruel est-il légitime ?

Il semble que cela soit souvent le cas dans les Sept couronnes dès lors que l’autorité qui crée ce droit par ses décisions a obtenu le pouvoir de manière licite. Cela a un écho particulier pour notre actualité et nous permet de mettre en perspective notre conception du droit. Il est vrai que l’univers de cette saga ne prétend pas à une forme de cohérence dans les inspirations qu’elle emprunte à notre histoire. Selon les lieux et personnages mis en scène, ce sont des modèles de sociétés tantôt antiques, tantôt médiévales qui sont présentés (avec, parfois, des phénomènes anachroniques). La conséquence logique de ce mélange des genres est que des conceptions variables d’un droit en gestation vont pouvoir être identifiées dans la série.

La nouvelle mascotte du SCD de l'Université Lille 2?

La nouvelle mascotte du SCD de l'Université Lille 2?

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 15:10
40 arrêts qui vous feraient (encore plus) aimer le droit administratif

Il était une fois, dans une université lointaine, un étudiant fraîchement titulaire de sa première année de Licence en droit, nommé Raoul Valoche.

Malgré une noble ascendance juridique, Raoul n’était pas vraiment un bon étudiant… mais il n’était pas mauvais non plus. Il avait, selon des rumeurs persistantes confirmées par ses chargés de TD, validé son semestre au ras des pâquerettes grâce à un généreux système de compensation et aux petites matières que des révisions de dernière minute lui avaient permis de s’approprier durant au moins une matinée (avant de les oublier à tout jamais).

Survivant, mais pas encore diplômé, Raoul avait appris grâce à ses aînés qu’une certaine matière de deuxième année de Licence risquait de mettre un « coup de Beauvoir » à son avancée vers le titre de Licencié. Une bonne âme lui expliqua que c’était plutôt de « butoir » qu’il s’agissait et que, dans tous les cas, il finirait licencié, en droit ou par la fac selon son investissement.

Tourmenté par cette perspective peu joyeuse, Raoul s’apprêtait à passer un été bien désagréable (moins cependant que celui des étudiants dont les rattrapages ont lieu en septembre malgré la réforme du calendrier des examens). Heureusement, un camarade bien informé, car membre du syndicat étudiant majoritaire, lui recommanda d’aller consulter le vieil ermite local, « Alphonse » afin de quérir conseil. Après tout, « Alphonse sait tout ».

Alphonse était qualifié de « vieux fou du CROUS » par beaucoup d’étudiants car c’est à une table de la cafétéria que résidait, de 9h à 17h15, cet homme barbu et sénile, peut-être SDF, dont les activités hors de l’Université étaient inconnues. Les services de sécurité de l’Université toléraient sa présence car il avait une maîtrise inexplicable du droit du travail et des questions d’hygiène et de sécurité ; les enseignants le craignaient car il connaissait les deuxième et troisième prénoms de chacun d’entre eux ; les étudiants le respectaient car on disait qu’il pouvait répondre à n’importe quelle question de droit public en échange de cookies ou de vieilles éditions d’ouvrages juridiques. Certains racontaient sur la page Facebook des L3 parcours indifférencié qu’il vivait en réalité très bien et qu’il avait été aperçu entrant dans un hôtel particulier du 2ème arrondissement parisien, mis à sa disposition par sa rentière de famille.

Sa barbe hirsute compromettait toute forme d’évaluation de son âge – il aurait aussi bien pu avoir 27 ans que 32, n’ayant donc de « vieux » que l’apparence – au point que les Masters 2 l’appelaient affectueusement « Hipsteriste » (Hipster-Juriste). Tout ce que l’on savait de lui, c’est qu’il avait perdu la raison après avoir planché en vain sur un sujet particulièrement retors de droit des collectivités territoriales – une jurisprudence de droit… argentin, en langue originale – quelques années plus tôt. A la fin de l’épreuve, il avait fallu les énergies conjuguées de deux surveillants et d’un agent d’entretien passé par là pour le décrocher de sa table et récupérer sa copie. Les autres étudiants de la promotion s’étaient enfuis en criant ou en pleurant, persuadés que le fait de déclamer à tue-tête, dans l’ordre chronologique et en boucle toutes les décisions du Conseil d’Etat entre 1996 et 1999 ne peut que signifier que l’on vient d’être possédé par le démon.

Comble de l’ironie, Alphonse avait obtenu 18 sur 20 (les autres notes déclinaient du 9 vers le -5, parfois accompagnées de la mention « Vous êtes un(e) crétin(e) ») mais le sujet l’avait définitivement traumatisé. Comme si le sort avait voulu s’acharner sur lui alors qu’il était parti « changer d’air » à la Dune du Pilat, il avait trébuché sur un vieux GAJA oublié là et dévalé toute la dune sous les regards horrifiés des badauds et de leurs abonnés : la vidéo avait notamment donné lieu à 5600 vues sur le réseau social Vine et presque autant sur Youtube (le GAJA coupable, récupéré par un passant et mis en vente sur eBay, avait été revendu 357 euros après des enchères acharnées)

C’est là que la folie d’Alphonse, latente, avait apparemment été révélée au grand jour, notamment parce qu’il avait décidé – selon les archives de la gazette de l’Université – de se présenter directement et physiquement devant le Conseil d’Etat afin d’y demander que soit engagée la responsabilité de la commune de La Teste-de-Buch, de son office de tourisme et de la vacataire qui, y officiant, lui avait recommandé d’aller découvrir la Dune du Pilat.

Une bien sombre histoire dont seul Hervé Valoche semble connaître les détails et qu’il révélera certainement un jour sur ce blog. Mais passons.

Comme l’exigeait la coutume (locale, constituée par opinio juris et par une pratique répétée, gén… euh, pardon). Comme l’exigeait la coutume donc, Raoul fit à Alphonse une offrande en cookies nougatine (il ne fallait surtout pas lui offrir de marque distributeur sous peine de prendre une mandale) et lui posa la question qui le taraudait : était-il possible de survivre au droit administratif sans maîtriser la jurisprudence ?

Le « vieil ermite hipsteriste » ricana d’une voix anormalement jeune et lui fournit une réponse si longue qu’elle semblait tout droit sortie du manuel Le Droit administratif à travers les âges, qui fêtait à l’époque sa 19ème édition, remaniée, avec les derniers développements relatifs à la réforme de la procédure devant les tribunaux administratifs et aux apports de la jurisprudence dite de la Feria lilloise (cf. pp. 145-152) :

« Tout bonnement impossible, il faudra les maîtriser dans les moindres détails, ce malgré leurs intitulés peu… avenants. Juridiction, année ET appellation ».

Raoul laissa échapper un juron de dépit.

« Il y aura naturellement toutes ces collectivités charmantes dont les habitants, les entreprises ou les associations ont décidé de causer la perte. Outre les grandes villes, tu ne saurais occulter les patelins tels que ceux qui ont donné naissance aux jurisprudences des communes de Champerou-Plage, Vernouille, à ne pas comprendre avec Vernouillet-les-Jardins (sauf à vouloir relancer la querelle doctrinale historique des Professeurs Gotrin et Cristofis...), Bergrolles le Pouillou, Sainte Gemme du Moron, Bouxigny-Prouée-sur-Rosnais (les étudiants n'ont jamais trop su comment prononcer, je l’ignore moi-même), Mimaulette, Gambaites-les-Bains, Le Boulay, Gambéseuil (ce fameux souci avec la résidence secondaire d’une royauté qatarie), Pognée la Forêt et Bleumotte… à ne pas confondre avec l'arrêt Mottebleue (rare cas de jurisprudences jumelles dans lesquelles la victime, n’étant pas en mesure d’indiquer avec certitude quelle commune lui avait porté préjudice, avait, dans le doute, décidé de s'en prendre aux deux, au mépris de considérations procédurales élémentaires : voir en ce sens la note AGDA 1987).

Méfiance en passant : les pauvres hères qui officient en Licence 2, parfois induits en erreur par la sonorité exotique de certaines jurisprudences, tendent à altérer leur orthographe. Je pense notamment aux jurisprudences des communes de Houachineton ou de Coualeux L'impure. Prends également garde à la filière des jurisprudences dites « Insère ce que tu veux - sur Orge » qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’ont pas toutes de rapport avec le lancer de personnes de petit gabarit. Tu retiendras ainsi que la jurisprudence Sucrerou sur Orge est relative aux modalités discutables de dissolution de l’association locale des sosies de David Ginola et que celle de Kandérel sur Orge porte sur un problème de contrat administratif. Pas de nain là-dessous, aussi petit soit-il.

Les associations seront tes meilleures amies car les noms des jurisprudences qui leur sont associées sont généralement plus simples à retenir : je pense par exemple à Parisiens du 8ème en colère (attention, il y aussi une jurisprudence Huit parisiens en colère, généralement raillée par la doctrine), Association des amis de Nabilla, Courses de tondeuses et débroussailleuses, Taxidermistes lyonnais, Fédération des derviches tourneurs de la rive droite (qui ne connait pas de pareil rive gauche), Club des Entomologues de St-Raphaël ou Club de water-polo nudiste.

Tu auras plus de mal lorsque tu seras confronté aux lieux insolites du droit administratif, d’autant qu’il est fort peu probable que tu t’y aventures un jour (sauf à configurer ton GPS sur « éviter tous les péages ») ou que tu en entendes parler dans les médias autres que locaux : Château Le Graveleux, La Fierté Samaire, Zone industrielle des Corvées, Moulin de Champignard, Zone industrielle de la Bavette ou Lieu-dit du Panier Percay, également appelée, entre érudits, l’affaire de l’Usine des panneaux réfléchissants : il faut rappeler qu’un génie du conseil municipal - une « lumière » selon les termes du Doyen Cristofis - n'avait pas envisagé que la présence d'une usine de panneau réfléchissants à proximité d'une voie de circulation puisse avoir des vertus éblouissantes, pour le plus grand déplaisir des automobilistes locaux.

Tu devras jongler entre les institutions du service public et les enseignes du secteur privé, unies pour accroître annuellement le volume des recueils de jurisprudence. Récemment, la doctrine a été contrainte de s’intéresser à des affaires peu stimulantes comme celle du Groupe scolaire « Les petits bolosses », du Club canin - Les Molosses (à ne pas confondre avec la jurisprudence précédente même s’il y a eu morsure dans les deux cas et quoiqu'un manque ultérieur de diligence chez le personnel du groupe scolaire ait impliqué une rencontre des uns avec les autres), du Musée du RER, de la Discothèque de Grosgouffre, du Garage Sam Inasseri, du Centre Tracteur Discount, du Casino Widetepotch, de la Foire à la Mortadelle, de Jacky Motos, des Poteries artisanales du Lionceau ou de la Laiterie de Bagnolet (qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est liée à l’organisation sauvage en son sein d’une rave par des collégiens sur Facebook et non pas à la découverte antérieure du caractère avarié du lait qui y était produit – cet aspect a été réglé par la voie politique).

Comme toujours, enfin, tu n’occulteras pas les plus discrets des justiciables, dont les noms restent gravés dans les mémoires des administrativistes : la Dame Foirfouille (qui, de manière intéressante, est également connue des privatistes en raison de ses nombreux conflits avec l'enseigne éponyme), les Époux Crottin, les Epoux Corollaire, le Sieur Quérulent, le Sieur Vindicatif (à ne surtout pas confondre avec la jurisprudence Lin Dicativ) ou la Dame Tipeixe qui suscite régulièrement le doute chez les étudiants à cause de sa proximité terminologique avec la bien plus célèbre affaire Blanco ».

Raoul eut une moue dubitative :

« Quelle est donc la technique pour retenir tout ceci ? Il doit bien y avoir une méthode ou une drogue… ».

Alphonse secoua la tête d’un air blasé et lui tendit un paquet de fiches bristol.

« Il faudra ficher ».

 

[Pour trente autres arrêts qui vous feraient aimer le droit administratif, voyez cet ancien billet].

Merci aux camarades du site Les Chevaliers des grands arrêts pour leur coup de pouce dans l'exploration des routes "secondaires" de France.

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Published by Hervé Valoche - dans Vie Universitaire Pause Valoche
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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 08:37

Si le présent blog a souvent été le terrain de joutes juridiques, toujours amicales, dédiées aux rapports entre le droit international et la fiction (çà et ), certaines œuvres populaires ont plus franchement suscité les querelles doctrinales que d’autres. Il n’est pas nécessaire de rappeler aux plus fidèles d’entre vous la verve avec laquelle Hervé Valoche et la tante Jeanne Duhaprès ont exposé leurs arguments respectifs au sujet du Seigneur des Anneaux. Personne n’a vraiment gagné (même si Jeanne dit le contraire) et c’est là tout l’intérêt des « querelles juridico-fictionnelles » sur blog : elles sont vaines mais stimulantes.

Le (faux) problème est que la querelle juridico-fictionnelle sur blog est, a priori, séparée de la querelle juridico-fictionnelle en colloque par un fossé plus vaste que celui qui éloigne le hockey sur glace du hockey sur gazon. Si, dans les deux cas, on risque de prendre des mauvais coups, on le fera sans doute de manière moins gracieuse sur l’herbe.

 

Law of the Rings - Le droit appliqué à Tolkien?

C’est donc non sans perplexité que j’ai reçu puis répondu à l’aimable invitation qui m’a été faite début 2015 par de joyeux juristes de l’Université de Strasbourg (« Unistra » pour les intimes). Fous peut-être – d’aucuns diront « strasbourgeois », cela n’engage qu’eux –, ces quelques universitaires chevronnés, issus à la fois de la Faculté de droit locale et de l'association étudiante MédiaDroit, avaient envisagé la folie ultime : organiser un colloque où l’on parlerait de droit… dans le contexte de l’œuvre de Tolkien.

-Ça te dit de participer à un colloque sur le droit et Tolkien ?

Ma réaction a, bien sûr, été des plus réservées :

-HA HA HA HA ! Oui.

Il faut dire que la démarche suggérée, farfelue au premier abord, avait en réalité tout de scientifique, comme j’ai pu le constater aussi bien en préparant péniblement mon intervention (limitée à 10 minutes chrono) qu’en découvrant le reste du programme : « Diable, il y avait vraiment du syllogisme juridique comme on les aime dans tout cela ? ». « Le Pr. Niki Aloupi va parler de Sauron et de la Cour pénale internationale ? ». « Mon Dieu, le Pr. Vlad Constantinesco effectue les conclusions ? ». « Et en plus la manifestation s’intitule Law of the Rings ? ». « Diantre, je n’ai jamais mis les pieds à Strasbourg alors qu’il s’agit d’une des Mecques du droit international ? ».

Que demandait le peuple juridique ? Le paradis pour Raoul.

C’est donc après avoir dit « oui » ; après avoir échangé quelque SMS doctrinaux avec la tante Jeanne ; après avoir péniblement comprimé mes élucubrations juridico-tolkienesques dans le cadre imposé des dix minutes ; après avoir décliné la suggestion de mes amis d’amener à Strasbourg une réplique de l’Anneau de pouvoir ; après avoir embarqué Raoul dans mes bagages, que j’ai découvert Strasbourg et son université (ce faisant, je me suis perdu pendant quarante-cinq minutes, tel un Hobbit isolé dans les Mines de la Moria – mais l’Histoire ne le retiendra pas).

Et là, premier élément de stupeur (au-delà des stores rouges aveuglants des fenêtres de la Faculté de droit – parlons-en) : la cafétéria locale sert de la bière, contrairement à mon établissement de provenance. Le beau lieu que voilà, digne concurrent du Poney Fringant. « On va nécessairement passer une bonne soirée ! ». D’ailleurs, sans doute influencé (ou sous influence), j’ai rapidement eu la conviction que les étudiants et les enseignants avaient l’air plus heureux, ce qui n’appelle pas d’autre explication que la présence de bière à la cafétéria.

Second élément de stupeur : on m’annonce que l’amphithéâtre est comble et qu’il a même fallu refuser du monde. Quoi ? Une salle comble pour un colloque ? Un défi pour la Société française pour le droit international ? Par quel maléfice – digne de Saroumane – un colloque juridique organisé en milieu de semaine, de 17h à 20h, peut-il être plein à craquer ? L’« effet Seigneur des Anneaux », remis au goût du jour par la sortie récente de la trilogie du Hobbit, n’y est sans doute pas étranger. Déception toutefois : contrairement à ce qui m’avait été annoncé, aucun étudiant n’a eu l’audace de venir grimé en personnage de la Terre du Milieu.

Law of the Rings - Le droit appliqué à Tolkien?

Cette affluence estudiantine exceptionnelle, sans fard ni cosplay, a néanmoins permis de démontrer la force de ce bel évènement. Comme l’a justement indiqué l’un des chefs d’orchestre de l’évènement, Anne-Laure Mosbrucker, les concepteurs de la manifestation se sont contentés de proposer l’application d’un raisonnement juridique (rigoureux) à un contexte original, celui de la Terre du Milieu. L’analyse menée par les différents universitaires qui se sont succédé à la chaire n’en est pas moins demeurée strictement juridique : au fil des exposés, l’assistance, d’abord curieuse puis envoûtée, a découvert que cette œuvre pouvait se prêter à des analyses ressortant du droit international privé, du droit des contrats, du droit des biens, du droit de l’environnement ou, naturellement, du droit international (général, pénal, etc.). L’auteur lui-même s’est surpris à espérer qu’une approche fiscaliste du Seigneur des Anneaux le réconcilie enfin avec la matière.

Vous l’avez compris, l’objet de ce modeste billet n’est finalement « que » de féliciter les organisateurs pour cette initiative dont les vertus pédagogiques apparaissent évidentes, aussi bien parce que des étudiants se sont rués en masse dans un colloque juridique – et ont ainsi été manipulés – que parce la logique juridique n’a pas souffert, ni rougi, de la méthod(ologi)e employée et de l’objet étudié.

Law of the Rings - Le droit appliqué à Tolkien?Law of the Rings - Le droit appliqué à Tolkien?

Du fait, on a hâte de découvrir le deuxième opus du mouvement « Droit et fiction », consacré, selon des rumeurs infondées, à Star Wars.

Site « Droit et fiction » - Unistra

Village de la Justice - Entretien avec A.-L. Mosbrucker et le Pr. N. Aloupi (Dalloz, 2 juillet 2015)

Crédits photos : Nicolas Busser

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 23:24
Canicule - Quelques recommandations aux (juristes) universitaires pour y résister

 

Cette semaine, il va faire chaud. Les médias, vos voisins, vos collègues et les réseaux sociaux l’ont suffisamment répété. Mais par-delà les cas spécifiques de certaines couches fragiles de la population, mises en avant de manière excessive par les « chaînes info », on oublie trop souvent de penser aux universitaires (du monde du droit), lesquels méritent pourtant de bénéficier de conseils personnalisés.

Si, contrairement au Doyen Vernasi-Paquet – qui était réputé pour ne jamais transpirer mais dont la légende précise qu’il faisait suer à grosses gouttes ses discutants en colloque –, vous n’êtes pas immunisé(e) contre la chaleur, voici quelques recommandations simples que nous vous invitons à suivre et à diffuser au plus grand nombre.

  1. Le calendrier est suffisamment avancé pour réduire les risques que vous rencontriez des étudiants à l’Université, de sorte que renoncer à la cravate ou à la veste semble acceptable dès lors que la température excède les 32 degrés (pour les privatistes, cette règle n’est valable qu’au-delà du seuil transdisciplinaire de 38 degrés). Les hommes pourront arborer une chemise aux manches retroussées ou un polo et les femmes, la tenue qui leur semblera appropriée. Cette tolérance exclut toutefois toute apparition à l’Université avec des chemisettes (i.e. chemises à manches courtes, proscrites par le § 7 de l’avant-propos des Mélanges Vernasi Paquet) ou avec des tongs. Nota : la canicule peut constituer une occasion inespérée pour les enseignants de montrer leur ouverture d’esprit en portant un (trop rare) T-shirt trendy. Nota 2 : si vous empruntez les transports en commun, il peut être utile d’insérer un haut de rechange dans votre serviette. Arriver à l’Université avec une chemise détrempée serait très disgracieux et pourrait susciter des railleries déplaisantes.
     
  2. Le temps n’est littéralement plus à la querelle doctrinale. Ne déclenchez pas de discussion juridique dont la complexité ne fera qu’accroître la sensation de chaleur et vous épuiser. Vous avez, pour quelques jours, le droit légitime et rare de parler de la pluie et du beau temps – seul sujet qui parvienne à fédérer aussi bien les internistes que les internationalistes. Nota : il peut être intéressant (quoique risqué) de profiter de l’épuisement de votre confrère/consœur pour régler un différend scientifique inachevé. Votre interlocuteur, frappé par la chaleur et par l’imminence des vacances, pourrait déclarer rapidement forfait, vous donnant ainsi l’opportunité de partir en vacances (i.e. partir boucler vos contributions en retard) l’esprit conquérant.
     
  3. Evitez de transporter des ouvrages volumineux dans votre serviette qui, alourdie, représentera une source supplémentaire de tracas et suscitera le courroux de vos voisins de transports en commun. Si se déplacer en permanence avec votre précieux exemplaire du Daillier/Forteau/Pellet – Dupuy/Kerbrat, etc. relève de l’évidence en milieu tempéré, votre bible juridique a vocation à rester sur l’étagère en période de canicule. Profitez de cette trêve imposée pour vous munir de contributions électroniques stimulantes que vous lirez sur votre tablette/liseuse. L’allègement du poids de votre serviette (peut-être compromis par la présence d’une bouteille d’un litre d’eau et de vêtements de rechange, cf. supra) vous rendra plus alerte lors de vos déplacements.
     
  4. Les amphithéâtres, centres de recherche et bureaux (pour ceux qui ont la chance d’en posséder) sont souvent mal aérés et dépourvus de toute forme – même primitive – de climatisation. A moins qu’une réunion de section ou une réunion de répartition des enseignements n’appelle votre présence de manière impérative, il sera sans doute plus judicieux de rester chez vous. Vous courez, certes, le risque de perdre en productivité.
     
  5. Ceux qui parmi vous auront malgré tout fait preuve de courage en se rendant à l’Université privilégieront, pour d’éventuels apéritifs de fin de journée, les lieux dotés de caves fraîches ou les bâtisses en pierre, plutôt que les terrasses qui les exposeront au soleil, à la vindicte de serveurs éreintés et à la populace bruyante. Organiser un apéritif de fin de journée de canicule n’est pas dénué de portée stratégique dans la mesure où, le temps que vous acheviez votre dernier rafraîchissement, la température extérieure aura baissé et la populace se sera dispersée.

Bon courage.

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 07:30
Partiels are coming : correcteurs, prenez garde… les copies arrivent

Un soir, au sud de la bibliothèque Cujas, un vieux coordinateur d’équipe, usé par l’année écoulée, s’adressa à ses nouvelles recrues et leur tint à peu près ce langage :

« L’année universitaire est noire et pleine de terreur. Or, voici que commence notre garde. Ces sauvageons d’étudiants se massent déjà dans les amphithéâtres. Pendant un mois, ils vont nous bombarder de copies d’examens. Arriverons-nous à survivre à ces horreurs? Oh, cesse donc de sourire jeune Raoul. Tu ne sais pas ce qui t’attend… Les copies arrivent et nous n’y survivrons pas.

- Sont-elles si différentes de celles que nous écrivions à l’époque? s’enquit un jeune thésard travaillant sur la bâtardise en droit privé. Après tout, seule la rue Cujas nous sépare d’eux.

- Tu veux connaitre ces horreurs ? cracha le vieux coordinateur. Tu veux un avant-goût des notes catastrophiques? Et bien soit. Ecoutez donc, jeunes chargés de TD, la litanie des 35 copies les plus infâmes, car à ces partiels commence votre garde et vous devrez préserver le monde de l’université de cette menace…

 

Les copies s’aligneront devant vous par dizaines. Amas informe, sans visage et pourtant… parmi celles-ci se dissimuleront des créatures dont la simple évocation suffirait à faire défaillir Hermione Reloux.

1. La copie Ponéglyphe : Les hiéroglyphes ne sont plus au programme depuis 2500 ans ; le klingon pas avant 1500 ans.

2. La copie Fast and Furious : La calligraphie doit respecter les lignes des copies, toute sortie de piste comportant un risque.

3. La copie Deathnote : La copie est scarifiée à coups de stylo, attestant de la fureur inexplicable de son auteur durant la rédaction.

4. La copie Panier Carrefour : La copie est rédigée sous forme de tirets alors que seuls vos correcteurs ont le droit de faire des listes (surtout des petits hauts de Nicole de la Pétassière).

5. La copie Numérobis : L’une des feuilles de brouillon constitue une partie intégrante de la copie (généralement le II, B), faute de temps, faute de mieux.

6. La copie Tiers-monde : Comme dans les faubourgs populaires de Bangkok (encore que…), la copie rendue en TD est écrite sur les pages arrachées d’un cahier, dans le meilleur des cas.

7. La copie Tabulation from Hell  (ou « Comment j’ai rasé l’Amazonie ») : L’étudiant saute une page à chaque nouvelle section, gonflant artificiellement l’épaisseur de son travail (mais pas celle de sa note).

 

Si vous avez résisté à l’apparence de ces êtres venus ruiner vos soirées et vos weekends, ne vous réjouissez pas trop vite. Ces copies vous apprendront le désespoir. Vous allez réaliser que tous vos conseils méthodologiques s’en sont allés comme la vertu sur le pucelage de Cordélia Corloux.

8. La copie Emma Bovary : Se tromper de sujet ou de méthodologie, c’est toujours se tromper.

9. L’indigeste Justinienne : Autrement appelée « Copie recopiage de code ».

9 bis. La copie The Hobbit : Variante de l’Indigeste… en TD, l’Etudiant restitue un paragraphe entier du dernier manuel d’Hervé Valoche, en beaucoup, beaucoup, beaucoup plus long et en beaucoup, beaucoup, beaucoup moins bien.

10. La copie Ninpo doctrinal no jutsu : Ou « technique secrète d’invocation d’auteurs inexistants ». Comme le disait un vieux sage, "si tu n’es pas sur la liste de Cujas, tu n’as pas le droit de cité".

11. La copie Star Wars : Il y a longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, cette copie a valu quelque chose (enfin, peut-être). Aujourd’hui, la copie qui s’ouvre par « de tout temps » entraine de tout temps, de la note, un anéantissement.   

12. La copie Tryphon Tournesol : Les parfaites majeures, oubliées en mineures, se concluent sur des notes d’horreur.

13. La copie créée de fait : Copie dans laquelle, après un recopiage in extenso des faits du cas pratique, il est répondu en fait avec des arguments de fait aux questions juridiques posées. Bref, un travail ni fait, ni affaire (sic).

14. La copie tour de Babel : L’étudiant, polyglotte, utilise plusieurs langues dans le corps de son texte sans traduire les dictons (exotiques ou tirés de série US) utilisés.

 

Si la méthode ne titube pas comme un septon grabataire, vous n’êtes pas encore sorti(e) d’affaire. Justin Cogens et ses disciples vous traqueront au fil des pages qu’ils multiplieront, inutilement, juste pour le plaisir de vous faire souffrir, une ligne encore.

15. La copie « Allo quoi ! » : Une copie vierge d’intelligence. Technique gonflée dont l’issue fatale peut souvent être illustrée par le proverbe « T’as pas de connaissance, t’as pas de points ».   

16. La copie « Hadock » (sic) : Les locutions latines sont écrites en grec.

17. La copie Bernard du PMU : La copie Café du commerce ou de basse politique.

18. La copie Indochine : La copie alterne les raisonnements What the f** et les jump cut, ou vice et versa (ex : la salariée ayant un dauphin tatoué sur l’omoplate, il est certain que la convention sur les gens de mer s’applique).

19. La copie Plus belle la vie (ou copie Closer) : Copie dans laquelle l’étudiant(e) raconte sa vie, faute de vouloir parler de droit.

19 bis. La copie Mistral perdant : Copie (généralement la même) dans laquelle l’étudiant(e) présente des excuses à son futur correcteur pour la qualité de son travail ou pour son caractère inachevé.

20. La copie Météores de pégase : L’étudiant répète inlassablement le même argument sans en atteindre le 7ème sens.


21. La copie galère : L’étudiant à ramé pour écrire un recto en trois heures. Une cadence de sabordage, pour sûr.

 

Si nous arrivons au bout de ceux-ci, nous devrons encore faire attention aux fourbes. Entraînés par les meilleurs Sans-visage de Braavos et rompus à toutes les techniques d’Assassin’s Creed, Paul Tergeist et ses troupes feront tout pour vous tromper.

22. La copie SOS Fantômes : Copie dans laquelle les appels de note de bas de page, issus du texte plagié, n’ont pas été supprimés (NB : marche également pour les liens hypertexte non désactivés…).

22 bis. La copie Premier artisan de France : Copie de TD dans laquelle l’étudiant camoufle ses erreurs originelles par le couper-coller (manuel…) d’un carré de papier sur lequel il réécrit de nouveaux développements.

23. La copie "Miroir, ô mon beau miroir, dis-moi qui est la plus cruche" : Recopier la copie de Beyoncé Coulibaly, c’est recopier sa note aussi.

24. La copie Cluedo : La copie contient encore l’arme du crime, la « feuille de pompe » ayant été oubliée dedans. NB : marche également avec un post-it.

25. La copie humanitaire : La copie contient un brouillon dont l’écriture n’est manifestement pas celle de l’auteur mais, certainement, celle d’un voisin, soucieux d’aider son camarade à compléter son devoir (Et dire que le chargé de TD de droit du travail sanctionne cette Internationale étudiante. Décidément, après le partiel, les lendemains déchantent).

26. La copie multiclonage : Deux copies aléatoirement ramassées en TD sont étrangement jumelles à la « fôte » d’orthographe près.

26 bis. La copie sharingan : Variante de la précédente. Le chargé de TD qui a un cours le lundi et le vendredi retrouve, dans son second TD, au mot près, la correction qu’il a donné lors de la première séance.

 

« Le cœur des Hommes est aisément corruptible », disait Sauron à ses disciples. Agnan Blatard a transposé cette règle aux chargés de TD. Ne vous laissez pas avoir, sous peine de vous écarter définitivement des chemins de l’Université.

27.  La copie Baranne : Brosse à reluire dans le sens du poil, pommade et autres flagorneries composent cette copie.    

28.  La copie Eliot Ness : L’absence de billets de 500 euros et la présence d'un billet doux laissent souvent de marbre l’incorruptible correcteur.

29.   La copie Alain Deloin : Nom du chargé de TD mal orthographié, chargé de TD énervé.

30. La copie « Kaléidoscope lunaire » de Sailor Moon : La copie arc en ciel où chaque paragraphe est souligné d’une couleur différente provoque la cécité du correcteur.

31. La copie rabat joie : Le correcteur a la joie de trouver le rabat collé, trop collé, ou pas.

32. La copie Raoul : Fait pleurer Hervé Valoche.  

33. La copie Kubiac : Copie en forme de doggy bag dont les restes du repas de l’auteur (miettes et autres) constituent de beaux reliefs.

34. La copie Les Experts Miami : Copies dans laquelle des substances bizarres côtoient des taches dont la nature reste mystérieuse.

35. La dernière copie du tas : Là vous n'y êtes pour rien mais que voulez-vous? Votre correcteur est humain et sa série préférée commence dans 5 minutes.

 

Par Dichotome.

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 22:47

Depuis le temps que je voulais qu’il écrive dans le blog, j’ai enfin obtenu gain de cause ! Jacobo Rios, maître de conférences HDR à l’Université de Perpignan Via Domitia (et cinéaste dans l’âme), a accepté de partager ses anecdotes et réflexions sur l’étude (la sienne, la vôtre) du droit international, sur les films et séries d’espionnage et sur certains de ses thèmes de recherche. A la lecture, on constate finalement que l’on peut, sur un malentendu (?), transformer une aventure klapischienne inversée, via ERASMUS, en belle carrière universitaire en France. Merci à lui !

 

Quand avez-vous décidé de suivre la « voie » du droit international public ?

J'étais un étudiant espagnol en droit, et je « rêvais » de venir à Paris et en France alors qu'à 20 ans je ne parlais pas encore un seul mot de français ! Comment faire alors ? J'ai appris cette langue en tant qu'Erasmus à Paris, cela m'a fait découvrir le droit international mais aussi confirmé qu'un vœu pouvait devenir réalité. Je vivais ce que Serge Sur appelle, dans son livre Plaisirs du cinéma, un « rêve d’Europe ». A la fin du séjour Erasmus, un peu donc comme Romain Duris dans L'auberge espagnole (attention spoiler !), j'ai décidé de quitter ma voie « normale », en droit en Espagne, pour un avenir qui semblait un peu plus incertain, mais beaucoup plus motivant, et qui s'est tourné naturellement vers le droit international. J'ai fait alors un master en DIP en France ne sachant pas encore ce que je deviendrais après, la thèse est apparue comme une grande opportunité. Pour moi, à cette première époque, le droit international était la France, il y avait une identité entre les deux, cela explique certains de mes premiers travaux. J'ai vu aussi que l'ambiance internationale était en accord avec ma personnalité et que quand on y goute on ne peut plus s'en passer. En tout cas, je n'ai pas pu ! Le recul étant donc impossible, je suis allé de l'avant, mais j'ai aussi eu de la chance car certains m'ont tendu la main dans cette voie du droit international qui est à mes yeux unique et très recommandable.

 

Vous avez étudié la représentation du droit international dans les films et séries d’espionnage, notamment dans les franchises James Bond et OSS 117 ou dans la série 24 heures chrono. Diriez-vous que les espions (fictifs ou réels) sont les protecteurs ou les « ennemis » du droit international ? De quelle manière utilisez-vous ces œuvres dans le cadre de vos enseignements ?

Les « espions » ne sont ni les protecteurs ni les ennemis du droit international mais seulement un élément de l’action des Etats. Ils représentent l’action étatique, mais une action méconnue et volontairement dans l’ombre. Il n’est pas pertinent à mon sens de stigmatiser une activité qui reste habituelle et commune à tous les Etats du monde, mais plutôt de s’interroger sur la manière dont les services de renseignement fonctionnent, surtout après les révélations d’affaires récentes telles que celle de Snowden. Il n’y a en effet aucune norme qui interdit l’espionnage en droit international, il n’y a que des normes internes qui le font. A priori, et même si certaines controverses doctrinales existent en ce qui concerne l’espionnage en temps de paix, l’application du principe de réciprocité justifie l’activité d’espionnage, mais celle-ci peut parfois violer des normes internationales spécifiques, relatives par exemple à la souveraineté territoriale des Etats.

La réalité dépasse souvent la fiction, mais si vous regardez Casino Royale, des exemples flagrants de violation de la Convention de Vienne de 1961 apparaissent, avec la prise d’assaut d’une ambassade par James Bond ! Le lien entre 007 : Rien que pour vos yeux et l’affaire du Détroit de Corfou (CIJ, 1949) est également frappant. J’analyse l’action britannique dans ces films comme une vision « réaliste » des relations internationales, James Bond agit dans un monde westphalien où les souverainetés sont juxtaposées, à la différence d’un certain « idéalisme » anachronique d’OSS 117, symbole d’un colonialisme dépassé, dans une vision parodique de l’action extérieure française. Jack Bauer, dans 24 heures chrono, présente des caractéristiques très particulières : bien ancré dans l’époque de l’administration Bush, il défend une vision « jusnaturaliste » du droit international, un jusnaturalisme quantitatif : sauver des vies entraîne la violation du droit, et Jack Bauer agit ainsi sans pour autant contester l’illicéité de ses actions. On peut notamment le constater lorsqu’il est interrogé par une commission d’enquête du Sénat américain, au début de la saison 7.

En somme, ces films et séries télévisées montrent que l’action étatique, quelle qu’elle soit, est imprégnée d’orientations qui s’inscrivent dans une certaine interprétation du droit international. J’utilise des extraits de ces films dans certains de mes cours, pour illustrer mes propos. J’organise aussi des séances de ciné-débat autour d’un film avec une préparation en amont par mes étudiants et mon équipe pédagogique.

 

Vous travaillez sur la question, assez méconnue, des migrations contraintes en droit international. Pourriez-vous expliquer au grand public de quoi il s’agit ? De nos jours, ce phénomène est-il encadré de manière efficace par le droit international ?

Il existe plusieurs manifestations de ce type de migrations, de mon côté j’ai essentiellement travaillé sur la traite et le trafic illicite de migrants. Il s’agit, dans le premier cas, d’une activité d’exploitation de l’individu et dans le deuxième, du franchissement illicite de frontières, avec, selon les Protocoles des Nations Unies de 2000, une finalité lucrative. Ce sont souvent des infractions cumulatives, si par exemple des passeurs amènent des migrants sur le territoire d’un Etat et les exploitent ensuite pour qu’ils remboursent leurs « dettes » relatives aux frais de voyage. Mais l’exploitation n’est qu’une circonstance aggravante du trafic, alors que c’est un élément constitutif de la traite. Ces deux Protocoles offrent un cadre inégal, celui relatif à la lutte contre le trafic illicite de migrants est finalement plus axé sur la protection des frontières que sur la protection des droits des migrants.

C’est une manifestation de la tension dichotomique entre la souveraineté et les droits de l’homme. Si l’efficacité dépend des normes, des progrès sont à faire, mais si elle est déterminée en fonction de la pratique des Etats, comme je le pense, ce qui reste à faire est encore beaucoup plus important que des simples progrès. En effet, la protection des migrants est encore faiblement effective, il suffit de lire les journaux en se restreignant même au cadre méditerranéen. Des exemples comme le naufrage à Lampedusa en 2013 montrent malheureusement les carences en la matière.

Néanmoins, dans le cadre régional européen certains arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, comme Hirsii Jamaa et a. c. Italie (23 février 2012) ou Rantsev c. Chypre et Russie (7 janvier 2010) sont emblématiques des problèmes rencontrés et de cette opposition dialectique entre la protection des frontières et celle des droits de l’individu. Je pense qu’il faut agir pour éviter des nouvelles tragédies. Comme l’aurait dit René-Jean Dupuy, l’être humain « ne trouve cependant une protection effective qu’autant que le pouvoir des États cesse d’être inconditionné ». Mais les limitations doivent venir des États eux-mêmes.

 

Quelle est la chose que vous répétez le plus souvent à vos étudiants, en cours ou en dehors ?

Je leur dis tout le temps que dans la vie il faut faire ce qu'on aime. C’est la seule manière d’aimer ce qu’on fait. Je pense que nombre d'étudiants (et pas seulement des étudiants !) sont contraints par des choix extérieurs, qu'ils n'ont pas fait eux-mêmes, alors que la vie devrait être une aventure. Par exemple, telle ou telle matière offrirait plus de débouchés que les autres, et certains se tournent vers elle alors même qu'ils ne prennent aucun plaisir à l'étudier. Cela brouille les particularités de chacun, on s'oublie soi-même. Sans doute, il faut bien mesurer le poids de nos propres décisions mais il faut aussi une part d'instinct. Autrement dit, et pour ramener cela au DIP, si c'est le droit international qu’on choisit, il faut se renseigner sur plusieurs points (formations, débouchés...) et ne pas se laisser décourager par des lieux communs tels que la difficulté de cette voie. Cela ne veut pas dire d'aller contre le mur, mais d'écouter sa voix intérieure. On est maître de son propre destin. S'il suit la voie qu'il a choisie de son plein gré (que ce soit les finances publiques ou le DIP !), un étudiant est sur le chemin de la réussite. C'est un état d'esprit qui supprime les limites et rend possible des chemins qui semblaient hors de portée.

 

Si vous ne faisiez pas de droit international public, quelle carrière alternative auriez-vous pu mener ?

Agent secret ! Non, sérieusement, j'aurais aimé être réalisateur de cinéma. J'ai toujours eu de l’intérêt à la fois pour la création d'histoires mais aussi, pour la vidéo, la direction d'acteurs et d'équipes. Je trouve cela stimulant. Même à petit niveau, les sensations peuvent être fortes. Tout le monde est alors au service d'un projet, cela lui donne une existence et une autonomie qui persistent des années après. On aurait pu penser que c'est loin du droit, mais pas tant que ça. Le droit est plutôt une interprétation de la réalité tandis que le cinéma (et éventuellement la vidéo) est la création d'une réalité à part. C'est complémentaire car tout ce qui existe doit être interprété. Les frontières ne sont pas toujours étanches entre la création et l’interprétation. Avec un ami et collègue qui partage ce type de plaisir, on a plaisanté parfois, on s'est dit qu'actuellement nous sommes enseignants, mais si Hollywood appelle, nous serions prêts à prendre une disponibilité ! Dans ce sens, merci d'inclure mes coordonnées en bas de page ;-)

 

Avez-vous une anecdote universitaire à partager avec les visiteurs du blog ?

J'ai recommandé très souvent le blog Le droit international expliqué à Raoul à mes étudiants et à des collègues, ne sachant pas qui était l'auteur. J’aimais particulièrement une image qui représentait la façon dont les internationalistes sont perçus par eux-mêmes et par les autres. Un jour, quelqu’un m'a dit « mais l’auteur du blog est ... ». C'était alors un grand plaisir d'apprendre que derrière l'un des projets les plus audacieux, intéressants et originaux que j'aie vus en droit international ces dernières années, il y avait un ami et ancien co-équipier. Merci pour l'interview !

 

Twitter : @RiosJacobo

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 22:51

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A la faveur des examens et, plus spécifiquement, des épreuves du brevet et du bac (qui ont, plus que jamais, le don pour déchaîner l’imaginaire collectif), Benoît Hamon, Ministre français de l’éducation nationale, a initié, presque coup sur coup, deux réflexions qui n’ont pas manqué d’agiter la frange pédagogique (voire, la franche pédagogie) des réseaux sociaux.

Il s’agirait d’une part de remettre en cause les méthodes d’évaluation scolaire, plus spécifiquement de faire disparaître les notes négatives lorsqu’elles sont susceptibles de « paralyser » l’élève (Le Parisien, 24 juin 2014) ou de le décourager. Sans pour autant prôner la suppression pure et simple des notes négatives (quoique ?), Benoît Hamon estime qu’ « Il faut sortir d’une posture idéologique à l’égard de la note ou de l’absence de note. La note doit être utilisée à bon escient. Elle est utile, mais, quand elle paralyse, on doit lui substituer d’autres formes d’évaluation. La note ne doit pas être l’unique étalon […] ». On y reviendra.

Il s’agirait d’autre part de réformer la sélection en Master à l’Université. A l’heure actuelle cette sélection est effectuée à l’entrée en Master 2 (ancien DEA/DESS), le Master 1 (ancienne Maîtrise) étant, a priori, librement accessible aux étudiants ayant validé leur Licence. Cette sélection apparaissait légitime dans la nomenclature antérieure (DEUG, Licence, Maîtrise, DEA/DESS) mais semble devenue obsolète avec l'avènement dans les universités françaises de la nomenclature LMD (Licence, Master, Doctorat) en 2002. En effet, si, sur le papier,  cette nouvelle nomenclature présente le Master comme une formation de deux ans d’étude, dans les faits un étudiant peut valider son année de Master 1 et ne pas pour autant être accepté dans un Master 2. Il faut rappeler à ceux qui ne sont pas familiers du cursus universitaire que l’entrée en Master 2 se fait sur dossier, incluant relevés de notes des années précédentes, curriculum vitae, lettre de motivation et autres éléments déterminés par la direction du Master et l’Université. Une promotion de Master 2 comporte entre quinze et quarante étudiants, son accès est parfois conditionné à l’obtention de moyennes jugées satisfaisantes (au-delà de 12 ou 13 sur 20) pour les formations les plus prestigieuses. En somme, un étudiant peut de facto être éjecté de sa fac d’origine entre les deux années de Master s’il n’a pas eu d’assez bons résultats.

A l’instar de plusieurs syndicats étudiants et autres composantes de la société civile, Monsieur Hamon souhaite mettre un terme à cette incohérence selon des modalités qui restent à déterminer, peut-être en avançant la sélection à l’entrée en Master 1 (sur le principe, pourquoi pas ?). Certains vont plus loin et préconisent la mise en place d’une sélection à l’entrée en Licence 1. On signalera en ce sens la proposition du Pr. Olivier Beaud.

Dans la mesure où j’ai été étudiant il n’y a pas si longtemps, où j’ai la chance d’avoir officié quelques années en tant que chargé de TD et où j’ai fait une incursion non négligeable dans les milieux de l’enseignement « non supérieur » (maternelle, primaire, collège… je vous épargne les raisons du pourquoi), les propositions de Benoît Hamon ont suscité mon trouble. Révélées au grand public dans un laps de temps relativement court, elles font résonner, une fois de plus, la problématique des méthodes d’enseignement et d’évaluation du système français. Bien évidemment, ma réaction ne doit être appréciée que comme ce qu’elle est : le sentiment d’appréhension – empirique – d’un des maillons de la chaîne, ne bénéficiant d’aucune expertise en la matière et ne s’exprimant au nom de nul autre que lui-même.

Je ne suis sans doute pas le plus virulent. En effet, certains collègues cyniques (des copains d’abord) ont réagi avec verve aux propositions de remise à plat des méthodes d’évaluation. D’aucuns, imaginatifs, préconisent l’apposition de gommettes de couleurs sur les copies afin que l’élève, plutôt que d’être choqué par une note située en dessous de la moyenne, le soit par une gommette violette (qui deviendrait à terme le nouveau symbole du traumatisme scolaire, en lieu et place du rouge). D’autres se demandent, non sans ironie, si le recours à un smiley affichant une expression plus ou moins satisfaite selon la qualité de la copie, ne serait pas l’option idéale. L’Ours Basile, le Pikachu, ou la Fée Winx (fonction des goûts du correcteur) afficherait une mine franchement réjouie pour un travail de qualité, et une expression mi-figue mi-raisin (avec toutefois un pouce levé en signe d’encouragement) pour un travail médiocre ou mauvais. Je veux bien admettre que cela paralyse moins l’élève qu’un cinq sur vingt... J’aurais toutefois été plus susceptible d’être marqué à vie par le souvenir d’animaux contrits que par des notes au ras des pâquerettes.

 

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Hervé : C’est quoi ce truc ?

Raoul (10 ans, CM1) : La maîtresse m’a rendu ma dictée…

Hervé : Je vois bien mais pourquoi est-ce que… c’est quoi ce dessin de singe en haut de la feuille qui me tire la langue ?

Raoul : J’ai fait beaucoup d’erreurs mais la maîtresse a dit qu’elle n’avait pas envie de me traumatiser, alors elle a remplacé ma note par un Winky taquin.

Hervé : « Winky… taquin » ?

Raoul : Oui, ça veut dire que j’ai fait plus de cinquante fautes mais que je dois garder espoir.

 

Sur le plus long terme, il paraît étrange d’envisager dans un même temps l’assouplissement des méthodes d’évaluation des jeunes élèves et la mise en cohérence des études universitaires. Si l’on schématise à gros traits, il conviendrait de préserver (à l’excès) l’élève puis, une dizaine d’années plus tard, d’adapter la nomenclature universitaire afin qu’il puisse achever son parcours de Master sans encombre.

Cependant, cette dynamique de « facilitation » des études (je voulais utiliser une expression classe) apporte-t-elle vraiment une solution sur le long terme ? A-t-on réellement conscience des problèmes auxquels peut être confronté un élève lorsqu’il met finalement les pieds à l’université et devient ainsi étudiant ? Prenons un exemple. Au risque de surprendre ceux d’entre vous qui n’évoluent pas dans le milieu universitaire, il est de plus en plus fréquent de voir arriver dans nos établissements des étudiants qui ne disposent pas des connaissances les plus élémentaires en français écrit, alors même qu’ils ont obtenu un baccalauréat général. Comble de l’ironie, certaines universités sont désormais contraintes de mettre en place des tests d’évaluation du niveau de français à l’entrée en Licence. Si, d’aventure, l’étudiant n’a pas obtenu des résultats suffisants, il est « invité » à suivre à une série de séminaires de français lors du premier semestre (oui oui !) afin d’assurer sa remise à niveau. Cela peut paraître singulier mais les étudiants étrangers – non francophones – ne constituent pas nécessairement la majeure partie de l’audience de ces cours de « remise à niveau ». Comble de l’ironie toujours (Ironie II, le retour), les lacunes de certains étudiants ne les empêchent pas toujours (=rarement) d’aller jusqu’en Master, alors même qu’elles ne sont pas comblées. On peut y voir la conséquence d’une lassitude collective des enseignants qui, après avoir maintes fois tenté de sanctionner ces bévues, finissent par ne plus en tenir compte et n’apprécier que le fond du travail. Je ne fais bien évidemment pas mention d’autres faiblesses (culture générale, etc.), qui auraient été considérées comme très gênantes il y a à peine quelques années.

 

Hervé : Tu as eu douze à cette dissertation…

Raoul (19 ans, Licence 1) : Tu n’as pas l’air… content.

Hervé : Tu as écrit « Gallop d’essai » et ton introduction commence par une référence au discours de « Bagnolet » prononcé par « Charles de la Gaule ». Je remarque également que tu as écrit « bien qu’il est » au lieu de « bien qu’il ait », ce qui me laisse penser que tu ne sais pas faire la différence entre les verbes être et avoir. Donne-moi le mail de ton chargé de TD. J’exige qu’il baisse ta note de cinq points.

 

Il faut alors en déduire que c’est en amont que naît le vrai problème et que la cohérence de l’ensemble du système doit être discutée. Une partie non négligeable des étudiants entre en fac sans disposer d’une maîtrise satisfaisante, ou d’une maîtrise tout court, des connaissances nécessaires à la poursuite d’études universitaires convenables.

La faute tout d’abord à un examen du baccalauréat qui, soyons honnêtes, sert davantage à sonner le glas de l’aventure scolaire qu’à attester de l’accomplissement du cursus. Je n’ai d’ailleurs pu m’empêcher d’être stupéfait d’apprendre qu’une pétition avait été signée par des milliers de Terminales pour faire constater par le gouvernement que les épreuves du bac scientifique étaient bien trop dures. Sans être en mesure d’en juger (n’ayant pas vu le sujet et étant incapable évaluer sa difficulté… car j’ai fait un bac littéraire et suis une quiche en sciences physiques), je ne crois pas qu’il soit opportun de dénoncer de manière aussi retentissante une épreuve, sous prétexte que le taux de réussite risquerait de devenir « inférieur à 50 % ». Est-il si saugrenu d’imaginer le baccalauréat comme un examen avec un risque réel d’échec, échec dont la survenance varierait en fonction de l’investissement de l’élève ? Il semble utile de ne pas confondre le droit d’étudier dans des conditions favorisant la réussite et le droit à la réussite.

Et puis, soyons vicieux : si les étudiants tentaient ce genre de pétition en fac, ils subiraient un camouflet. Autant les habituer.

 

RaoulV : C’été quoi c’te épreuve de Libertés publiques ? Le sujet étais infaisable ! Rébelion ! #TousAlElysee #AlloQuoi cc @FrançoisHollande

 

La faute également aux mutations des enseignements primaire et secondaire, notamment aux nombreux coups portés au programme scolaire dans les matières fondamentales. Bien avant le bac, certains enseignants (des copains, mais je suis peut-être entouré des seuls relous de l’Education nationale) reconnaissent n’avoir pas d’autre choix que de laisser passer en 6ème des écoliers qui ne savent pas écrire deux lignes sans faire quinze fautes d’Otto Graff. Pourtant, on ne peut (et on ne doit) pas blâmer ces collègues. Rappelons les obligations considérables qui sont les leurs en termes de programme : priés de noter à la hausse, débordés par les directives venues du haut, il leur est difficile d’inculquer les connaissances fondamentales aux élèves, d’autant plus qu’il leur est demandé d’enseigner aussi bien le français, les maths et l’histoire-géo que la botanique, l’esperanto, les institutions internationales, la musique baroque, le micro-entreprenariat et peut-être bientôt, la programmation html. L’idée semble être d’apprendre plus large, mais d’apprendre moins bien. Or, à trop vouloir faire des enfants des puits de science, des prodiges polyvalents, les gouvernements successifs semblent avoir oublié l’essentiel : pour écrire une bonne lettre de motivation, il est indispensable de savoir accorder un sujet et un verbe. Soyons cléments toutefois avec nos gouvernants. De toute évidence, certains n’ont jamais reçu de sms d’un collégien français rédigé en nov-langue (ou visité la page du désormais célèbre « Bescherelle, ta mère »).

 

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Comme le montre cette capture d'écran, le célèbre @Petit_Prof signale sur Twitter que l'épreuve de français du Brevet 2014 comporte cette épreuve d'une difficulté scandaleuse.

 

En prime, à vouloir préserver les élèves de la conscience de leurs faiblesses éventuelles (« Travail insatisfaisant. Va réviser ! »), on les expose à une révélation bien plus douloureuse dans la phase supérieure de leurs études : l’entrée en fac et les premières tôles. Je ne compte plus le nombre de fois où certains de mes étudiants de 1ère année, à qui je fournissais des remarques aussi constructives que possible pour s’améliorer, ont semblé réaliser soudain l’ampleur de la mystification et m’ont répondu, l’air presque hagard : « M’sieur, franchement on était à l’aise en Terminale mais là c’est auch’. On nous avait aps préparés à ça ».

En ce sens, et pour revenir sur les réflexions du Ministre, le problème ne semble pas tant d’octroyer une note négative à l’élève que d’accompagner cette dernière d’un commentaire constructif. Encore faut-il en avoir le temps, les moyens… et l’envie !

Bref, je m’attarde et il y aurait tant d’exemples à citer. Il demeure qu’à force d’appliquer des rustines sur le système scolaire français, les ministres de l’éducation ne font que retarder l’échec des élèves en difficulté, compromettant par la même occasion le fonctionnement des universités qui les accueillent à l’âge adulte. Cette stratégie occasionne par ailleurs une levée de bouclier des enseignants du supérieur (autrement appelée « écrémage UHT – Ultra haute température »), lesquels tentent de préserver l’institution et son prestige en instaurant une sélection de facto ou de jure (voir O. Beaud, précité), aussi bien à l’entrée en fac que durant le cursus, notamment au stade du… Master.

 

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Par conséquent… réformer les systèmes d’évaluation et de notation tout en affectant la qualité des enseignements ; demander, en parallèle, aux universités d’accueillir davantage d’étudiants et d’accroître le pourcentage de validation de Licence, sans leur en donner les moyens matériels et financiers : s’agirait-il simplement de botter en touche, en espérant que les difficultés se résolvent d’elles-mêmes en fin d’études ? J’en perds mon latin. Ckoi ce délire, jvous jure, j’y comprend kdalle.

Il faut alors adhérer à la suggestion d’un collègue qui, m’entendant manifester ma vindicte sur la question des réformes scolaires, a estimé que mon brûlot pourrait être résumé en une citation de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » (© Bossuet).

 

Raoul : C’est qui Bossuet ?

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Published by Hervé Valoche - dans Vie Universitaire
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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 13:17

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Grand désarroi a frappé à ma porte lorsque mon fils Raoul, juriste d’eau douce, est rentré à la maison en balançant littéralement sa sacoche à travers le living-room.

 

Moi : Bienvenue dans la casbah jeune homme... Je suppose que ta première séance de TD [=travaux dirigés] s’est bien passée ?

 

L’Aîné claque la porte d’entrée derrière lui, propulse avec dépit ses chaussures du bout des orteils, ne s’excuse pas auprès du Second (Jacques) qui a malheureusement reçu la sacoche dans la caboche, et se laisse tomber dans le canapé avec un râle d’agonie.

 

Raoul 19 ans (étudiant) /Raoul 24 ans (chargé de TD) : Affreux. Infernal. Long. Pénible. Je ne vais pas survivre au semestre. Mamaaan, je peux avoir un chocolat chaud steuuup ?

 

Ma chère et tendre est recroquevillée sur son bureau où elle vient péniblement à bout de son dossier de la journée. Elle lance à Raoul un regard des plus explicites, l’air de lui rappeler qu’il ne tient qu’à elle de mettre un terme à son bail sous notre toit. Puis elle se remet à scanner consciencieusement ses documents, comme si de rien n’était. Magnanime, je range ma manet… cesse la lecture du journal et me dirige vers la cuisine après avoir enjambé le corps sans vie du deuxième fils.

 

Moi : Qu’est-ce qui s’est passé ? Ne me dis pas que tu as changé d’avis. C’est toi qui voulais ce TD.

 

J’entends de loin le bruit de la console se rallumer. Le traumatisme ne dure qu’un temps.

 

Raoul (19 ans) : Le chargé de TD est un blaireau… Un tyran en plus. J’aurais mieux fait de prendre l’autre option.

Moi : Ah non, Relations internationales c’est le passage obligé ! Pas question de prendre Eco ! En plus j’ai fait des pieds et des mains pour que tu puisses être placé là. Ne ruine pas mes efforts de cooptation !!

 

J’observe un gros pot de Nutella avec perplexité. Ce n’est peut-être pas comme ça qu’on fait du chocolat chaud… mais après tout c’est du chocolat. Ça fondra tout aussi bien. Comme animée par un instinct de protection (de notre cuisine ou de notre enfant), Lucie surgit comme un diable, m’ôte le Nutella des mains au moment où je m’apprête à le déverser dans une casserole de lait frémissant et m’invite à disposer. Pfff, je suis toujours brimé dans mes tentatives de sublimer l’art culinaire. Puisque c’est comme ça, je m’occupe des tasses. Na.

 

Raoul (24 ans) : Je sais P’pa… mais c’est peut-être un peu trop tôt finalement. J’ai peur de ne pas avoir le niveau pour enseigner.

Moi : Rooooh, ça ira mieux à la prochaine séance… ou pas d’ailleurs. Bon… la première séance c’est toujours un moment mémorable… dans le bon sens, comme dans le mauvais. Après tout, je suis tombé dans les pommes à mon pre…

Lucie : Tu as beaucoup de travail à préparer ?

Raoul (19/24) : Vu la fiche, ça va bien me prendre quinze heures par semaine !! Y’a genre vingt pages de documents… dont la moitié EN ANGLAIS. Et ne parlons même pas des dissertations et des commentaires. Ça va être chaud de trouver des plans valables pour tout ça. Et notre vie sociale alors ?

Moi : Les Valoche n’abandonnent jamais et ne craignent rien, fils.

Lucie : Tu as peur des clowns.

 

Je foudroie ma femme du regard.

 

Moi : Ils ne sont pas HUMAINS ! Ce sont des créatures du diable, à l’instar des araignées, des mannequins The Kooples, des nazgûls, des nord-coréens, des apôtres du jus cogens et d’Amanda Lear. Les Valoche ne craignent rien d’humain. Quoique… mon frère Matthieu est un sacré froussard… il doit y avoir des exceptions à la règle. A moins que…

Lucie : Pour l’amour de Dieu, Hervé, ramène ces tasses… et finis de scanner mes documents pendant que je prépare le goûter.

Hervé : HEIN ? Mais pourquoi moi ? J’ai le journal à lire ! Je porte déjà les tasses ! Je dois faire le narrateur pour ce billet ! Demande au Second !

Lucie : Au travail ! Et… arrête de les appeler « l’Aîné » et « le Second », tu vas finir par laisser des séquelles à Jacques. Il va croire qu’il est moins important…

 

Le Sec… Jacques arrive justement dans la cuisine et me toise d’un air réprobateur, comme pour confirmer ces propos. Je hausse les sourcils, l’assure qu’il aura le même héritage que son frère, à savoir rien, et que je l’aime quand même... quand il ne me coûte pas trop cher. Puis je quitte la cuisine pour m’en aller dresser la table du goûter, scanner les documents et vous conter les mésaventures de Raoul.

 

Vous l’avez sans doute déjà compris : pour les besoins de ce billet, mon fils jouera à la fois le rôle du nouveau chargé de TD (Monsieur Valoche) et de l’étudiant (Raoul), parfois accompagné de camarades déjà exploités dans de précédents billets.

 

Dix heures plus tôt :


Des moments qui précèdent le premier TD


Le tout jeune enseignant chargé d’assurer la formation approfondie des étudiants durant les TD (méthodologie, doctrine… et tout ce qui n’aura pas pu être vu en cours magistral) aura généralement un rendez-vous avec le professeur responsable, en tête-à-tête ou en équipe, au tout début de semestre.

 

Il recevra à cette occasion des directives sur la « gestion » du TD, du programme, et des étudiants. Paradoxalement, il aura révisé tout le programme du semestre, de peur que l’enseignant ne lui pose des questions ou ne lui demande son avis sur le contenu de la séance 7.

 

Selon les cas, l’enseignant responsable (ici le Professeur Heloïse Kirsch) donnera à Monsieur Valoche des directives précises (fréquence de ramassage des copies, méthode de calcul des moyennes, gestion de l’assiduité…) ou, plus rarement, lui laissera carte blanche sur le déroulement des séances et le choix des exercices.

 

Monsieur Valoche n’osera pas poser au Professeur Kirsch les questions qui tuent, notamment la terrible « Est-ce que la première séance est une séance zéro où une vraie première séance ? », voire la redoutée « Euh… J’ai lu la fiche mais je crains de ne pas avoir compris le premier cas pratique… vous pourriez me donner la réponse pour que je puisse la… transmettre aux étudiants ? ».

 

Monsieur Valoche ira poser toutes ces questions à un chargé de TD plus expérimenté, que l’on appellera ici Jarod Sakay. Ce dernier, bonne pâte, l’éclairera de sa science au cours d’une formation express à la fonction de chargé de TD, devant la machine à café.

Jarod : Surtout ne leur donne pas ton numéro de téléphone. Ils sont capables de t’appeler. Et pense à verrouiller ton Facebook : leur premier réflexe sera d’aller chercher des infos sur toi.

Jarod signalera au passage à Monsieur Valoche que, comme il est vacataire et non contractuel, il ne sera payé qu’à la fin du semestre… donc cinq mois plus tard. Monsieur Valoche envisagera de passer un coup de fil à son banquier pour solliciter sa bienveillance d’ici là.

 

Les étudiants iront à l’administration pour choisir leurs groupes de TD… ou pas si la fac le fait d’autorité. Dans la pire des configurations, ils auront le choix entre le groupe du lundi 7h45, vendredi 19h25, samedi 8h… ou le groupe qui tombe pile sur l’heure du déjeuner, entre deux cours magistraux (le premier s’achevant à 12h30 et le deuxième reprenant à 14h… avec un prof qui ne tolère pas le moindre retard).

Raoul : Purée, le traquenard ! Soit je mange en cours en essayant de ne pas me faire griller, soit je ne peux pas déjeuner avant 16h !

Linda Sicaro : Je crois que je préfère encore celui du lundi matin… même si ça m’oblige à partir de chez moi à 6h.

 

Monsieur Valoche réalisera (parfois) qu’il est censé imprimer le fascicule de 135 pages à ses frais. Les étudiants aussi.

 

Les étudiants inscrits dans le groupe de Monsieur Valoche chercheront son nom sur Google et Facebook afin de trouver le maximum d’informations. Après tout, il n’est jamais trop tard pour réaliser que le futur chargé de TD est membre d’un club communal de chasse en battue, et donc renoncer à s’inscrire dans cette matière.

 

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Monsieur Valoche devra se rendre à l’administration pour récupérer ses listes d’étudiants. En chemin, il tentera de frauder dans la file d’attente grâce au fameux « Poussez-vous manants, je suis chargé de TD (maintenant) ! ». Une fois entré, et après avoir convaincu les secrétaires qu’il est bien chargé de TD (après tout, il n’a toujours pas signé de contrat à la DRH donc n’est pas en mesure de prouver sa bonne foi), il recevra ses listes… ou pas tout de suite si elles ne sont pas prêtes.

 

Monsieur Valoche apprendra que sa liste d’étudiants n’est pas encore complète malgré les trente noms qui y figurent déjà, car les étudiants ERASMUS n’arriveront qu’à la deuxième séance.

Dame de l’administration : Soyez tranquille Monsieur Valoche ! Beaucoup d’étudiants ne se présentent jamais en TD. D’autres abandonnent au bout de deux ou trois séances car ils réalisent qu’ils ne sont pas faits pour le Droit.

 

Monsieur Valoche – qui, à ce stade, sera encore anonyme – et ses étudiants attendront devant la salle de TD : à l’instar des neuf prochaines séances, le TD précédent ne sera pas encore fini alors que le suivant aurait dû commencer « il y a déjà cinq minutes bon sang ».

 

Ivres, les étudiants commenceront à parler à voix haute de leur futur chargé de TD, se demanderont s’il est aussi moche que sur sa photo Facebook, inaugureront les jeux de mots ridicules sur son nom de famille et prieront pour ce que ne soit pas un « gros c** ». Monsieur Valoche, toujours anonyme, rongera son frein et prendra note pour le futur.

 

De l’entrée en TD


Dans l’éventualité où les étudiants se seront installés dans la salle avant lui, l’entrée de Monsieur Valoche constituera un moment critique, déterminant pour la suite du semestre. Elle sera, selon les cas, magistrale (pas assuré, regard déterminé, froncement de sourcils intelligent), impériale (mouvement gracieux de mèche de cheveux, posé habile de sacoche sur le bureau) ou foireuse (trébuchage sur le sac à main de Beyoncé Coulibaly).

 

Le fait d’entrer dans une salle de TD, de commencer un TD de Relations internationales et d’entendre les étudiants lui signaler au bout de quelques secondes qu’ils sont là pour un TD en droit privé, sera considéré comme une entrée foireuse du chargé de TD. [ndlr : L’erreur est récurrente, aussi bien côté enseignant que côté étudiant. Lisez bien votre numéro de salle bon sang !].

 

Monsieur Valoche se dira que les étudiants ont l’air à peine plus jeune que lui et réalisera qu’il était à leur place deux ans plus tôt.

 

Les étudiants se diront que Monsieur Valoche fait jeune mais n’arriveront pas à lui donner d’âge. Ce sera la grande interrogation de leur semestre pour ce TD et ils chercheront éventuellement à obtenir une réponse à la dernière séance.

 

Le prononcé, ou non, d’un « Bonjour » jovial au début du TD en dira long sur l’ambiance des semaines à venir.

Linda Sicaro : Il n’a pas dit bonjour. C’est pas bon signe.

Raoul : Tu crois ?

Linda Sicaro : On va morfler avec lui.

Monsieur Valoche : (Mince… j’aurais dû dire bonjour au moment où je suis entré. Ou alors… peut-être dois-je attendre de m’installer au bureau ? Ou bien… quand je leur adresse la parole ? M****, c’est trop tard, je suis déjà assis à mon bureau !! Il vont me prendre pour un enfoiré…)

 

Le bref moment durant lequel Monsieur Valoche se tiendra à son bureau, silencieux face à ses étudiants, en plein déballage du contenu de sa sacoche, sera également déterminant, notamment d’un point de vue vestimentaire et capillaire. Il n’aura pas le droit à l’erreur pour cette première rencontre.

Monsieur Valoche : (Bon, tout va bien. Je suis en costume. Ma cravate est nickel. Pas d’épi sur la tête. Rasé de près. Je fais sérieux.)

Raoul : (Sérieux… le mec a un sac à dos Eastpak ? Il a quinze ans ?)

Nicole de la Pétassière : (Costume Delaveine à mon avis.)

Jacques McCoy : (Pfff. Il a ramené le manuel de Vernasi-Paquet… Encore un positiviste.)

 

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Avant même d’avoir pu faire quoi que ce soit, Monsieur Valoche sera abordé par :

-des étudiants non inscrits dans son groupe mais qui souhaitent y venir parce que l’autre horaire / chargé de TD les indispose ;

-des étudiants qui ne sont inscrits dans aucun groupe mais ont vu de la lumière donc sont venus, en espérant pouvoir régulariser leur situation ;

-des étudiants qui étaient dans le groupe de Jarod Sakay mais que ce dernier a sournoisement incités à changer de groupe pour réduire ses propres effectifs ;

-des étudiants qui savent déjà qu’ils seront absents à la séance 3 et qui veulent savoir « Comment ça se passe » ;

-des étudiants qui souhaitent signaler leur allergie mortelle à la jurisprudence ;

-des étudiants qui ne veulent pas être inscrits dans cette matière mais hésitent à s’y inscrire finalement parce que l’autre option a « quand même l’air vachement difficile ».

 

Des salamalecs


Monsieur Valoche se présentera et guettera, avec appréhension mais sévérité, le moindre signe de réaction moqueuse par rapport à sa voix ou à son nom. A première vue, personne ne bronchera.

 

Plusieurs étudiants ricaneront en leur for intérieur. Pas tellement à cause du nom ou de la voix, mais parce que Monsieur Valoche aura une feuille de salade coincée entre les dents.

 

Monsieur Valoche fournira, bon gré mal gré, son courriel aux étudiants en les menaçant de sanctions si :

-ils l’utilisent pour lui poser des questions de cours ou, plus généralement, des questions auxquels ils peuvent trouver eux-mêmes les réponses en faisant un minimum de recherche ;

-s’il reçoit des spams de leur part ou se retrouve mystérieusement inscrit à des mailing-lists pornographiques ;

-s’ils ne respectent pas les règles élémentaires de courtoisie dans le courriel.

 

Il sera parfois demandé aux étudiants de se présenter devant leurs petits camarades et de faire état de leurs projets. Ce sera un moment de stress pour beaucoup d’entre eux, surtout en première année de Droit.

 

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Monsieur Valoche s’apprêtera à faire l’appel, regardera sa liste d’étudiants et verra défiler une liste de noms issus de Beverly Hills (Brenda Pouvière), de Friends (Chandler-Pierre Martin), de Loft Story (Loana Diallo) ou de l’équipe des Bleus 1998 (Zinedine Durand), entre autres. Il fera l’appel en gardant son sérieux puis demandera si quelqu’un a été oublié. Trois ou quatre mains d’étudiants, incrustés dans le groupe à la dernière minute, se lèveront.

 

Monsieur Valoche repérera toujours un étudiant « flippant » dans son groupe, au moment de l’appel. Il le décrira généralement (et secrètement) comme « l’étudiant flippant ». Le caractère « flippant » de l’étudiant dépendra du chargé de TD : étudiant goth, étudiante surmaquillée, étudiant ressemblant étrangement à Jack le tueur en série de « Profiler », etc.

 

Les étudiants seront priés de remplir une fiche d’assiduité et de ramener une photo d’identité ne datant pas, si possible, de la 3ème. Les photos seront fournies par les étudiants dans un délai variant entre immédiatement et la séance 9. Il s’agira parfois de photocopies de photocopies, d’une netteté moindre que les chefs d’œuvre de la Grotte de Lascaux.

 

Les étudiants hésiteront à inscrire leur courriel ou leur numéro de téléphone sur leur fiche, de peur que ces coordonnées ne soient utilisées pour leur transmettre du travail supplémentaire. Le dilemme sera abrégé par la mise en circulation d’une feuille sur laquelle ils seront « invités » par Monsieur Valoche à fournir leurs coordonnées privées « au cas où ». Beaucoup d’adresses ridicules telles que sangokudu20-1@gmail.com ou loulounette_malicieuse@skyrock.com seront alors révélées.

 

Les règles d’assiduité, une fois présentées, donneront lieu à la première tentative d’application d’un raisonnement juridique par les étudiants… et par Monsieur Valoche :

Linda Sicaro : Mais donc… on a droit à maximum trois absences ?

Monsieur Valoche : Non, à deux absences justifiées et, à titre exceptionnel, une troisième absence pour des motifs impérieux.

Linda Sicaro : Monsieur… Qu’est-ce que vous appelez un motif impérieux ?

Paul Tergeist : Y’a besoin d’un certificat médical pour que ce soit « justifié » ?

Raoul : (Motif « impérial » ?).

Maurane Gociatrice : Bah en fait on peut être malade deux fois et la troisième faut que l’on soit proche de la mort… en gros, non ?

Monsieur Valoche : Euh… non… Non. Silence vous tous ! Un motif grave… c’est un motif… important !

Jacques McCoy : Sous un angle objectif comme pour la force majeure ou bien sous un angle subjectif ?

Monsieur Valoche : Si vous êtes absent une seule fois je vous mets défaillant. Voilà.

 

Un étudiant arrivera avec vingt minutes de retard, en plein échange sur les règles d’assiduité et de ponctualité. Il fera immédiatement l’objet d’une mesure de reconduite à la frontière, pour l’exemple.

 

Des modalités de notation


Monsieur Valoche indiquera que les étudiants sont censés lire la fiche correspondant à chaque séance AVANT de venir en TD. A ce moment, les étudiants feuilletteront rapidement toute la fiche et réaliseront que chaque séance fait environ 20 pages, en Times New Roman police 8 (voire en Comic Sans MS si l’enseignant responsable a le sens de l’humour).

Bernard Alloz : Est-ce qu’il faut apprendre les dispositions du Code par cœur ?

Monsieur Valoche : Y’a pas de code en Relations internationales.

Bernard Alloz : QUOI ? Mais on doit apprendre quoi alors ?? C’est vraiment du droit ??

Monsieur Valoche : …

 

Certains étudiants signaleront à Monsieur Valoche qu’ils n’ont pas la fiche car l’Espace Numérique de Travail [roulement de tonnerre, bruissement de feuilles mortes, hurlements de loups à la pleine lune] était en panne lorsqu’ils ont voulu s’y connecter. Monsieur Valoche fera un sondage pour vérifier et constatera sans surprise que 35 étudiants sur 40 (l’exode n’a pas encore eu lieu) n’ont pas eu de souci pour s’y connecter et télécharger le fascicule.

 

Un silence de mort s’installera dans la salle au moment où Monsieur Valoche annoncera les modalités de ramassage des exercices écrits. Des réactions variées (cris, pleurs, pseudo-AVC, yeux exorbités) s’ensuivront. Les questions de coefficients et de jokers seront immédiatement abordées.

Monsieur Valoche : Vous avez bien compris ? Je ne prends que deux dissert’ par étudiant, sur la base du volontariat. Gérez bien votre calendrier.

Justin Cogens : (Parfait. Je peux faire le mort jusqu’à la séance 8 et être tranquille d’ici là. Aucune raison que ça se retourne contre moi.)

 

Monsieur Valoche précisera parfois que la moyenne sera « nuancée » par une note de participation, déterminée soit suite à un décompte à l’aide de petits bâtons/croix sur son cahier, soit grâce à une appréciation discrétionnaire post-lecture de cartes de tarot.

 

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Monsieur Valoche cassera l’ambiance en parlant (déjà) du galop d’essai… qui comptera parfois pour la moitié de la moyenne, malgré les quinze autres exercices qui auront été ramassés au cours du semestre. Il précisera qu’il faudrait fixer la date dès maintenant, en concertation avec le ministère de l’enseignement supérieur, afin d’être certain d’obtenir un amphithéâtre.

 

Il signalera que ce n’est sans doute pas lui qui corrigera les copies de son groupe mais un collègue, voire Jarod, et qu’il ne sera donc pas question que ses étudiants le tournent en ridicule en se plantant misérablement à l'épreuve. Il annoncera, avec douleur, qu’il est tout à fait probable que l’épreuve tombe un samedi matin, faute de mieux. Des réactions variées (cris, pleurs, pseudo-AVC, yeux exorbités) s’ensuivront.

Monsieur Valoche : Ça ne m’arrange pas plus que vous !

Kevina Postrophe : (« Galop » ça s’écrit bien avec deux « L » ?).

Raoul : (Les chacals de profs… Au total il va falloir lire la fiche chaque semaine, préparer les exercices, participer à l’oral, réviser pour le galop et en plus continuer à aller en cours magistral ?)

 

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Euh… on fait quoi maintenant ?


Monsieur Valoche regardera sa montre et constatera que la moitié de la séance s’est écoulée alors qu’il pensait avoir épuisé l’heure et demie. Craignant de devoir entrer dans le vif du sujet en faisant tout de suite du droit, il demandera avec insistance : « Et bien… maintenant que nous avons fait le tour des questions administratives, est-ce que vous avez des questions ? N’HESITEZ PAS ! ». Il feindra d’être agacé lorsque les questions seront posées mais y répondra avec exhaustivité.

 

Les étudiants regarderont leurs smartphones, constateront qu’il reste encore 45 minutes à combler et craindront de devoir se mettre à travailler. Ils poseront toutes les questions possibles et inimaginables pour gagner du temps.

Hermione Reloux : Monsieur, on peut faire un peu de méthodologie ?

Monsieur : Bien sûr !

Monsieur Valoche avait tout de même oublié d’apprendre à ses étudiants comment on présente une dissertation et un commentaire…

 

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Monsieur Valoche demandera à quel point du programme en est le cours magistral, censé avoir commencé deux semaines avant le TD. Un étudiant répondra que « La prof’ en est à la Section 1, Paragraphe 2, petit b… de l’Introduction générale ».

Monsieur Valoche : (Enfeeeeer ! Ca veut dire qu’ils n’auront pas encore abordé les thèmes nécessaires à la compréhension de la séance de la semaine prochaine). Très bien, merci !

Linda [à voix basse] : Euh… Raoul, pourquoi t’as répondu ? T’es même pas venu au CM. La prof en est déjà au chapitre premier en plus.

Raoul [à voix basse] : *hausse les épaules* Il sera obligé d’être plus cool avec nous. De toute manière il ne s’en rendra jamais compte.

 

Monsieur Valoche décrètera, après avoir péniblement fait avancer la séance de plusieurs minutes, qu’il reste trop peu de temps pour aborder le fond. Il libérera les étudiants en avance « à titre exceptionnel » et leur donnera rendez-vous la semaine suivante, non sans avoir rappelé qu’ils doivent lui donner fiches et photos avant de partir.

 

Il recevra trois photos (sans les noms au dos) et les trois-quarts des fiches d'assiduité distribuées. Les autres photos mettront six semaines à arriver.

 

Des étudiants viendront parler avec Monsieur Valoche en fin de séance pour lui annoncer :

-qu’ils sont salariés et que faire un galop le samedi ça va être compliqué ;

-qu’ils prévoient d’être absents cinq fois pour des raisons diverses et variées (aquaponey, concours de pétanque, départ en weekend, etc.) ;

-qu’ils ne sont vraiment pas inscrits dans ce groupe et se sont gardés de se manifester jusque-là mais qu’ils souhaitent rester car Jarod Sakay a l’air fou et que « pitié, pitiééé » ;

-qu’ils ne comprennent pas la matière et s’inquiètent de savoir si ce sera comme ça toute l’année.

Finalement, le TD durera bien une heure et demie.

 

Monsieur Valoche regardera à nouveau sa liste de désormais 45 étudiants, se dira qu’il n’a franchement pas été à la hauteur pour son premier TD et rangera ses affaires avec résignation. Il traînera des pieds jusqu’à la machine à café, ingurgitera d’un trait son espresso à cinquante centimes et prendra l’air deux minutes.

 

Puis il retournera dans la salle où il vient de faire TD. Un nouveau groupe d’étudiants y sera déjà sagement installé.

« Bonjour, je suis Monsieur Valoche. Votre chargé de TD en Relations internationales ».

Et ce sera reparti pour une deuxième séance, pour la même matière… Généralement le chargé de TD sera beaucoup plus rôdé, ne fera pas les mêmes erreurs (quoique) et paraîtra beaucoup plus charismatique, débarrassé de sa feuille de salade entre les dents. Hélas, il aura la braguette ouverte cette fois-ci…

 

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Avec une pensée amicale pour mes anciens étudiants et mes encouragements à ceux d’entre eux qui sont devenus / deviendront, à leur tour, chargés de TD.

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 21:45

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« Bonjour Monsieur Phelps. Plusieurs de nos informateurs, en poste dans les universités français, font état d’une fronde naissante susceptible d’entraîner le chaos dans le milieu juridique universitaire, donc dans l’ensemble du monde libre. Il semblerait en effet que, chaque année, des dizaines d’étudiants soient séquestrés, bannis, fouettés ou humiliés par leurs chargés de TD et enseignants après avoir maladroitement contacté ces derniers. De toute évidence ces profanes ne disposent pas des compétences nécessaires à l’envoi d’un courrier officiel et mettent leurs vies en péril, faute de formation en la matière. Votre mission, si toutefois vous l’acceptez, sera de mettre un terme à ce phénomène de masse, lequel nuit à la sérénité de l’enceinte universitaire en compromettant régulièrement l’intégrité physique des étudiants et la santé mentale des étudiants.


Comme toujours, si vous ou l’un des membres de votre équipe était pris ou tué, l’Agence nierait avoir eu connaissance de vos activités. Cette bande s’autodétruira dans cinq secondes ».

 

 


 

 

 

 

***

 

Aux nombreux étudiants venus chercher refuge et soutien ici... nous (en fait, "moi") allons tenter de vous transmettre les techniques ancestrales qui nous ont permis de nous frayer un chemin à travers les (trop longues) années de fac de droit sans nous prendre (trop) de baffes psychologiques. Si vous suivez ces quelques recommandations il y a de grandes chances que votre capital sympathie grimpe et que votre enseignant soit moins tenté de vous mettre une « zlatan » à la séance suivante. Cela évitera accessoirement à votre mail d'être cité dans le statut Facebook d’un chargé de TD irrité.

 

A des fins d’illustration, nous utiliserons trois personnages-témoins (fictifs) à savoir Raoul Valoche (l’étudiant), Jarod Sakay (le chargé de TD) et Micheline Ballaud (la maître de conférences ou professeur(e)).

 

Nota : Dans la mesure où ce billet est considéré comme la manifestation d’une mission d’utilité publique (cf. arrêt CE, Amicale des collectionneurs de pin’s de Noisy-le-Pouilleux, 1974), l’auteur entend exclure d’office toute réclamation relative à l’usage de l’anglicisme « mail » aux dépens du franco-français « courriel » (ou « courrier électronique »). La fin justifie les moyens, quelle que soit la langue employée. 


 

Section préliminaire : L’erreur de support – Comment rater son envoi avant même d’avoir écrit. 

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet il convient d’aborder une série de bévues, rares mais d’une gravité absolue. Ici le Raoul, cherchant manifestement à mettre un terme à ses jours universitaires, a recours à un moyen de communication autre que le mail pour solliciter son enseignant.

 

Le recours à Facebook : Dans l’éventualité probable où Jarod et Micheline disposent d’un compte Facebook et ne travestissent pas leur patronyme, il est assez facile pour Raoul de trouver leur compte. Après avoir vainement tenté d’accéder à leurs photos de profil et statuts  (indisponibles grâce à un réglage des paramètres de confidentialité digne du Pentagone) Raoul peut être tenté de leur envoyer un message privé :

 

« Bonjour Chère Madame ! Désolé de vous déranger mais j’ai vu que vous aviez un compte Facebook (elle est bien votre photo de profil d’ailleurs, ça avait l’air cool votre séjour à Ibiza). Je voulais vous parler de ma moyenne, bla bla bla… Merci ! Raoul »

 

Sauf si Micheline et Jarod ont créé un compte dédié à la communication avec leurs étudiants, vous êtes invités à ne SURTOUT pas entrer en contact avec eux par ce biais. Ce serait considéré comme une intrusion (impardonnable) dans leur vie privée.

D’ailleurs... pendant qu’on y est... ne demandez pas à vos enseignants de vous ajouter sur Facebook, même s’ils sont jeunes, mignons et sympas. Au mieux ils vous mettront un vent, au pire ils vont feront passer un sale quart d’heure à la séance suivante (en plus de vous mettre un vent).

 

Et puis soyons réalistes, vous souhaitez vraiment que Micheline et Jarod voient les photos de votre soirée au Mid’Star ?

 

Le SMS et le coup de fil sur le portable : C’est un peu plus délicat, cela relève d’ailleurs du cas par cas (ho ho ho !). En effet si Micheline ne donne guère son numéro de téléphone à l’ensemble de l’amphithéâtre, il peut arriver que Jarod (ivre ?) le communique aux étudiants de son groupe.

 

(Ces coordonnées peuvent parfois aussi être accessibles sur le CV en ligne des intéressés. Soit, admettons, on peut considérer que c’est entré dans le domaine public, un peu comme l’intimité d’un participant à une émission de Télé réalité)

 

Dans tous les cas je vous conseille de considérer que ce numéro de téléphone ne doit être utilisé qu’en cas d’extrême urgence. Par exemple lorsque vous êtes coincé(e) dans les toilettes de la fac juste avant le début du TD de Libertés et que Jarod est, de toute évidence, le seul à pouvoir vous libérer à cet horaire matinal. Autrement évitez les sms à plus forte raison s’ils sont rédigés en kikoolol :

 

« Bjr Monsieur ! La fiche du CP3 est pa sur l’ENT ! XD On fait comment pour 2m1 ? Mersea ! »

 

Ne parlons même pas du coup de fil nocturne. Jarod n’a vraiment pas envie d’être appelé à 21h sur son téléphone personnel alors qu’il vient de lancer un épisode de l’Amour est dans le… Homeland Saison 2. Vous seriez immédiatement fiché(e) comme « stalker ».

 

Section 1 : Le début du mail – Comment se faire zlatan au bout de trois mots. 

 

Nous allons revenir ici sur quelques considérations de forme. Elles pourront vous sembler mineures et vous faire penser que les enseignants en droit sont les thuriféraires de la Susceptibilité (c’est vrai). Toutefois nous vous recommandons de ne pas reproduire ces erreurs, dans votre propre intérêt. Ouvrez votre client de messagerie, faites craquer vos doigts et c’est parti pour l’initiation. Non, vraiment, ouvrez votre messagerie pour qu'on puisse s'entraîner.

 

« Bonjour ! Comment vous allez ?

Je suis Raoul Valoche. Je voudrais savoir… ».

 

Tsss... On évitera le « salut », beaucoup trop familier. Le « bonjour » passe à la limite mais il vaut mieux l’éviter. N’oubliez pas que vous êtes en droit, probablement dans une université française (si vous êtes à l’étranger, salutations et merci de venir de si loin !). Il faut donc garder une certaine distance. Evitez le « comment allez-vous ? », Jarod et Micheline ne vous raconteront sans doute pas leur soirée raclette en retour.

 

Il est également bon de préciser votre statut afin que le destinataire puisse facilement vous identifier parmi ses très nombreux étudiants. Vous pouvez faire mieux.

 

« Cher Jarod / Chère Madame Ballaud,

Je suis Raoul Valoche, étudiant de votre groupe du vendredi de 20h à 21h30 »

 

Holà, malheureux ! Pas de « cher » ou de « chère » avec vos enseignants! Vous n’avez pas élevé les ragondins ensemble ou usé les bancs de la fac. Le « cher » est réservé à des personnes avec lesquelles vous entretenez des relations amicales.

 

Il en est de même pour l’utilisation du prénom de Jarod. Il a beau être chargé de TD, donc jeune, il reste tout de même un enseignant. Il a donc droit à du « Monsieur ».

 

Une question peut d’ailleurs se poser au sujet de vos belles et intelligentes chargées de TD : faut-il avoir recours au « Mademoiselle » alors que vous êtes presque certain (vous l’espérez) qu’elle n’est pas mariée ? Ne prenez pas de risque inutile et conformez-vous à la récente réforme des procédures administratives : « Madame » pour tous. Enfin… pour toutes.

 


Supprimez-moi tout ceci, réprimez vos émotions et soyez un robot.

 

« Monsieur / Madame,

Je suis… »

 

Ta-ta-ta-ta ! J’avais oublié un détail pour Micheline !

Si elle a le grade de Maître de conférences (et non pas « maîtresse de… », grands fous !) il n’y a pas de souci, limitez vous à Madame.

En revanche, si elle a le grade de Professeur il peut être nécessaire d’intégrer ce titre dans les salutations. Le plus souvent « Monsieur/Madame » suffit … mais parfois l’enseignant est farouchement attaché à son titre. Dans le doute, mettez du « Monsieur/Madame le Professeur ».

 

Ah, attendez. Certains professeurs femmes souhaitent qu’on utilise « Madame le Professeur », d’autres privilégient le « Madame la Professeure ». Là ça devient compliqué à trancher, c’est du cas par cas. Dans le doute mettez « le » et si vous vous faites zlataner en réponse mettez « la » dans le prochain mail.

 

En tout état de cause ne soyez pas inutilement obséquieux. Un « Monsieur le Respectable professeur des universités » ou « Sa Seigneurie » ne sera pas bien interprété par votre interlocuteur.

 

« Monsieur / Madame le Professeur,

Je suis Raoul Valoche, étudiant de votre groupe du vendredi de 20h à 21h30. »

 

Yalla ! Vous avez réussi ! Votre enseignant est encore (à peu près) de bonne humeur. On peut passer au niveau suivant.

 

Section 2 : Le contenu du mail – Les mails qu’il vaut mieux ne pas envoyer. Sérieusement.

 

Cette liste n’est sans doute pas exhaustive mais si vous parvenez à éviter ces sujets vous augmenterez de manière agréable votre espérance de vie universitaire.

 

Le mail truffé de fautes d’orthographe : Il ait evident ke ni Jarod, ni Micheline ne seront tenter de répondre a un mel infesté d’ereurs de francais. Dabord pcq’il ne le comprendront pas. Dautrepart paske si vous ne faisez pas d’effort pour eux, pourquoi ferait-ils des efforts pour vous ?


Vous trouvez cet exemple excessif ? Vous n’avez sans doute jamais enseigné en fac de droit :)

 

Le mail de plan foireux (le mail, pas le plan) : Vous avez donc une dissertation à rendre pour la prochaine séance. Fort bien. Mais comment diable pouvez-vous envoyer votre plan à Jarod pour lui demander s’il le trouve convenable… à plus forte raison la veille de la séance ? Dans le meilleur des cas Jarod soupirera et vous dira que c’est potable. Dans l’hypothèse intermédiaire il vous mettra un vent. Dans le pire des cas vous prendrez une Zlatan, par retour de mail ou à la séance suivante. N’envoyez pas ce mail.Débrouillez-vous avec votre plan.

 

Le mail « Perdu de vue » : Il vous arrive de ne pas trouver l’information que vous cherchez dans le cours magistral de Micheline. Ivre, vous contactez Jarod pour lui demander :

 

« Monsieur. J’ai lu le cours de Madame Ballaud mais je n’ai pas réussi à y trouver les critères de licéité de la réserve aux traités. Pouvez-vous m’aider ? Pitié. Raoul »

 

La réponse sera le plus souvent « Ouvrez un manuel ». N’oubliez pas que vous êtes également évaluée(e) sur votre capacité à faire des recherches seul(e), ce dès la première année. D’ailleurs la réponse à votre question est presque toujours dans un manuel, à condition d’avoir l’audace d’ouvrir la table des matières ou le répertoire des mots-clés. Sérieusement, c’est aussi simple que de monter un meuble Ik… *la bibliothèque KALBORG de l’auteur s’effondre à ce moment* C’est plus simple que de monter un meuble Ikea !

 

Le mail « J’y arrive pas » : L’hypothèse est aussi rare qu’un Pokémon légendaire mais mérite d’être soulignée. Certains d’entre vous (je ne vous ai pas traités de Pokémon, du calme !) sont tentés, lorsqu’ils ne parviennent pas à résoudre un cas pratique, d'envoyer un mail à Jarod pour l’alerter sur la haute infaisabilité de l’exercice. Le problème avec ce mail est qu’il n’a de sens qu’à partir du moment où l’ensemble des étudiants ne parvient effectivement pas à résoudre l’exercice (le plus souvent un cas pratique). Or, dès lors que plusieurs étudiants parviennent à résoudre l’exercice votre mail se transforme en aveu fatal : « Je suis moins bon / Je n’ai pas assez travaillé et en plus je vous l’avoue ». Auto-zlatan.

 

Croyez en mon expérience en tant qu’étudiant : mon incapacité à résoudre certains cas pratiques (oui, ça m’est arrivé, nous avons tous un côté obscur) était généralement due à trois éléments pris de façon cumulative ou alternative : pas assez analysé le cas pratique / pas assez fait de recherches / pas assez mûr. Oui, on n’a parfois juste pas assez de mûritude… de m… maturité pour engager la réflexion requise par certains travaux universitaires. Heureusement, il y a une solution miracle et je me fais un plaisir de la partager avec vous aujourd’hui.


Bosser davantage. Lire plus. Faire davantage d’exercices :)

 

helpdesk

 

Le mail de négociation de moyenne : Le mail honni, infâme, blâmable : le mail de négociation de moyenne façon « je ne comprends pas pourquoi je me retrouve avec 8 de moyenne alors que j’ai eu 4, 12 et 8 aux devoirs à la maison ». Par pitié, n’insultez pas l’intelligence de votre enseignant, sa capacité de calcul mental ou celle de sa Casio (machine susceptible par essence).

 

L’université française n’est pas un bazar dans lequel vous pouvez négocier vos résultats en espérant faire une bonne affaire. Il vous appartient de faire vos preuves ! Rien n’agace davantage Jarod que de recevoir un mail de ce type. A la limite vous pouvez tenter votre chance pour passer de 9,5 à 10... mais si l’amplitude est plus marquée il vaut mieux consacrer votre temps (précieux) à la préparation des rattrapages.

 

Le Love  mail : Bon, c’est assez délicat… j’ai du mal à aborder la question mais… envoyer un mail à Micheline pour lui déclarer sa flamme peut mettre la pauvre femme très mal à l’aise. Soucieuse de ne pas être qualifiée de cougar (ou simplement pas réceptive à vos fiévreux sentiments) elle se terrera dans un silence coupable, donc vous brisera le cœur. Au mieux elle prendra le temps de vous expliquer qu’elle est touchée par l’affection que vous lui portez mais que

 

« vos sentiments ne sont sans doute que passagers, voire induits par la manière particulièrement stimulante dont la question bioéthique a été abordée à la huitième séance ».

 

Non, vraiment, n’envoyez pas ce mail. Vos sentiments ne sont pas réels. Si vous croisez Micheline dans le Lidl du coin en train d’acheter du Canard WC en jogging vous vous en rendrez bien vite compte. C’est ce qu’on appelle l’Aura du prof de Droit (voir mes dossiers sur les chargés de TD et les profs).

 

Allez, on ne vous en veut pas. A la limite offrez une boîte de chocolats à Jarod ou à Micheline en signe d’affection. C’est moins risqué.

 

 


 

 

 

 

Le Hate mail : Je ne sais pas pour vous mais un enseignant en Droit, quel que soit son degré de susceptibilité, n’appréciera jamais de recevoir un mail dans lequel vous consacrez de trop nombreux caractères à la description de son incompétence.

 

« Monsieur. Vous êtes un mauvais enseignant, faites preuve d’incompétence et d’un manque flagrant de pédagogisme. Je pense parler au nom de tout le monde sur ce point. Cordialement, Raoul » (sic.)

 

Cela arrive plus souvent qu’on ne le croit et, de ce que j’ai pu voir chez mes collègues, les étudiants qui envoient ce genre de mails finissent toujours pas le regretter. Soit parce qu’ils reçoivent un mail aussi incendiaire en réponse, soit parce que leur réputation finit par se répandre parmi tous les membres de l’équipe pédagogique de l’Université.

 

Si vous avez un reproche à formuler je vous recommande de le faire en des termes courtois, de préférence en face de l’enseignant. C’est aussi ça l’Université : apprendre des rudiments de diplomatie. D’ailleurs…

 

Le mail de balance : Constatant que Jarod fait mal son travail (par exemple en vous donnant un peu trop de travail ou en fouettant aléatoirement un étudiant à chaque séance) vous pouvez être tenté(e) d’en référer directement à sa supérieure hiérarchique par mail. Chers étudiants, je vais vous faire une confidence : c’est quand même une manœuvre très risquée. Et pour cause, voici les issues possibles :

 

  • Micheline vous zlatane par retour de mail car elle soutient Jarod.
  • Micheline vous zlatane par retour de mail et transfère, en prime, votre courrier à Jarod. Il vous zlatane. Combo zlatan.
  • Micheline zlatane Jarod mais lui révèle votre identité. Il vous zlatane ensuite.
  • Micheline zlatane Jarod mais il ne sait pas d’où vient la cabale. Il zlatane tous ses étudiants par souci de rigueur.
  • Micheline vous trouve gonflé(e) et vous met un vent.
  • Vous gagnez.

 

Cela fait quand même cinq chances sur six que ça finisse mal pour vous. J’ai d’ailleurs encore le souvenir de ce chargé de TD qui, alors que j’étais étudiant, avait fait l’objet d’une plainte par une camarade (anonyme) sous prétexte qu’il donnait trop de travail. L’interro surprise que nous avons eue la semaine suivante me laisse penser que la manœuvre était inconsidérée…

 

En somme, étudiez le terrain avant d’en arriver à une telle extrémité.

 

Le mail doctrinal : Sceptique face à l’interprétation qu’a pu faire Micheline de l’arrêt Distillerie d'Ivré Les Papes durant le cours magistral, vous fouillez un peu dans vos manuels et constatez avec surprise que le professeur Sabrin Rochas en offre une interprétation totalement différente. Vous lui envoyez donc un mail pour lui faire part de son erreur.

 

Non content(e) d’avoir fait remonter à la surface une querelle doctrinale vieille de quinze ans, vous pointez ainsi du doigt ce qui n’est pas, à proprement parler, une erreur mais plutôt une différence de vues sur un point de droit donné. Avec un peu de chance, Sabrin est l’ennemi mortel de Micheline, ce qui fait désormais de vous le disciple involontaire de l’ennemi. Micheline le prend mal. Vraiment, n’envoyez pas ce mail.

 

La chaîne de mail : Je crois que cela se passe de commentaire. N’allez pas transférer des pétitions à vos enseignants. Vous n’avez aucune idée de leurs sensibilités et de la manière dont ils pourraient réagir.


Cela vaut aussi pour les tests de personnalité…

 

Section 3 : La fin du mail – Comment ne pas se planter dans la dernière ligne droite.

 

Ici nous serons beaucoup plus expéditifs. Seront proscrits sous peine de mise à mort :

 

  • « Bisous » (non mais ho !)
  • « Amicalement », « Chaleureusement », « Tendrement », « Affectueusement », « Universitairement vôtre », « Votre dévoué étudiant », etc.
  • Les gifs animés (même les soleils qui brillent)
  • Les smileys (même souriants)
  • et assimilés.

 

Soyons honnêtes, si vous ne souhaitez pas prendre de risques avec votre enseignant, finissez votre mail par « Respectueusement », (éventuellement « Cordialement » avec certains Jarods). Un « Je vous remercie par avance pour votre attention » apportera toujours un peu de bonheur à votre enseignant, surtout si votre mail est le dixième d’une longue série de requêtes estudiantines. Un au revoir me semble quelque peu maladroit, donc à éviter.

 

Section 4 : Pour finir…

 

Ne soyez pas vexé(e) si Jarod ou Micheline vous répondent de manière si expéditive qu’ils semblent avoir trouvé l’inspiration dans les paroles d’une chanson des Daft Punk. C’est souvent par manque de temps qu’ils sont contraints de traiter vos requêtes à la chaîne. Vous leur faciliterez d’ailleurs le travail si vous indiquez la nature de votre requête dans l’objet du mail.

 

En espérant que ces quelques conseils vous sauveront la vie et préserveront la santé mentale des enseignants.

 

Bisous.

Affectueusement,

Hervé Valoche

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